A la rencontre des catholiques cachés du Kosovo

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En 2020, 50 000 Kosovars se réclament du catholicisme. L'islamisation du Kosovo a eu lieu à la suite de la conquête ottomane à la fin du XIVe siècle.

Ce reportage a été réalisé avant l’épidémie du coronavirus.

En ce dimanche ensoleillé de Pâques, les fidèles affluent sur le parvis de l’église Saint-Abraham de Llapushnik, un village à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Pristina, la capitale kosovare. A l’intérieur, Ismet Sopi, un sexagénaire aux cheveux blancs très élégant dans son costume, jubile en jetant un œil à l’assistance : « Il y a aussi des musulmans », glisse-t-il à voix basse.

Le paroissien a de quoi être fier : il a remué ciel et terre pour reconstruire en 2016 cette nouvelle église sur les fondations d’une ancienne. Perché en haut d’une colline, l’édifice religieux est visible des kilomètres à la ronde. Tout un symbole, dans un pays majoritairement musulman. Celui de la renaissance de l’Eglise catholique, mais pas seulement. C’est aussi le retour officiel au catholicisme pour des croyants qui ont pratiqué leur foi dans l’intimité de leurs foyers pendant des générations, tout en s’affichant musulmans dans l’espace public. Comme Monsieur Sopi.

Construite en 2008, l’église Saint-Abraham de Llapushnik est devenu le symbole d’un renouveau. Ici, durant des siècles, les habitants étaient crypto-catholiques, avant de revenir au catholicisme traditionnel. Une quarantaine d'habitants du village se sont convertis depuis.

Coming out catholique

Cet ancien « crypto-catholique » – c’est ainsi qu’on les appelle – a franchi le pas il y a dix ans, en se faisant baptiser. « Avant, je me sentais mi-viande mi-poisson, résume-t-il, assis dans un café. Maintenant je suis calme, serein. Pour moi, c’est un héritage de mes ancêtres. » Le Kosovar a grandi dans une famille où Noël se fêtait en cachette. Où on colorait des œufs pour Pâques à l’abri des regards indiscrets. Où chaque membre de la famille avait un prénom musulman en public et chrétien en privé ; d’ailleurs, Ismet Sopi se prénomme également Marin. Le 26 juillet, jour de la Saint-Joachim, était un jour « où les plus anciens allumaient des bougies pour célébrer le saint de la famille », se souvient-il. Désormais, il perpétue cette tradition typiquement crypto-catholique, mais sans se cacher.

Tous les ans lors de la traditionnelle messe de Pâques, des baptêmes ont lieu, symbole du dynamisme de la communauté catholique.

« Avant, je me sentais mi-viande mi-poisson. Maintenant je suis serein. Pour moi, c’est un héritage de mes ancêtres. »

A Llapushnik, Ismet Sopi est loin d’être le seul à avoir fait son coming out catholique. Selon lui, une quarantaine d’autres croyants seraient sortis de l’ombre en quelques années. Il faut dire que les catholiques cachés du village semblaient être un vieux secret de polichinelle. « J’ai toujours entendu qu’à Llapushnik, il y avait des gens qui buvaient du vin et de l’eau de vie », sourit à ses côtés l’un de ses amis, musulman.

Si Marc s’appelle officiellement Tahir, il préfère qu’on utilise son prénom catholique, qu’il juge correspondre mieux à son identité. Mais tout le monde l’appelle Tahir en dehors du cercle privé et de la communauté catholique.

En albanais, l’une des langues officielles du Kosovo, on appelle les crypto-catholiques des « Laramans », qui veut dire « bigarré », « coloré ». Un terme parfois synonyme d’hypocrisie. « Un “Laraman”, c’est quelqu’un qui n’est pas pur aux yeux de la religion musulmane. C’est un mot utilisé un peu négativement », précise Eriona Tartari, chercheuse spécialiste du fait religieux en Albanie.

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