Dans le Liban en pleine crise économique, le calvaire des domestiques éthiopiennes

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Des domestiques éthiopiennes, devant le consulat éthiopie au Liban, à Beyrouth, le 4 juin 2020.

Dans la nuit, de jeunes femmes éthiopiennes veillent et chuchotent en amharique, assises sur un bout de trottoir sous les fenêtres de leur consulat, à Hazmieh, en banlieue de Beyrouth. D’autres se sont endormies à même le sol ou sur un morceau de carton. Serrées devant des valises bon marché amassées contre le mur, elles résument les années passées au Liban, à astiquer les maisons et à espérer améliorer leur sort.

Voilà plusieurs semaines que ce lieu résonne des souffrances des Ethiopiennes. Elles forment le plus grand contingent des domestiques étrangères au Liban qui subissent, elles aussi, la grave crise économique et financière que traverse le pays. Certaines ont été abandonnées par leur employeur devant le consulat. Mazaa, 23 ans, ancienne nourrice et femme de ménage, croix autour du cou, cache son visage. « Ma Madame [employeuse] m’a dit qu’ils ne pouvaient plus me payer. Je gagnais 150 dollars. Je pouvais rester chez eux sans salaire. J’ai refusé. Ils m’ont conduite ici, et m’ont dit : “Ton pays n’a qu’à s’occuper de toi.” »

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D’autres, en situation illégale, n’ont plus de ressources à cause de la crise. Comme Tigist, 35 ans, qui vivait ces dernières années en famille, avec son mari, soudanais, et leurs deux enfants de quatre et deux ans : « Le quotidien était invivable à la maison. Mon mari causait beaucoup de problèmes. Ces derniers temps, il ne travaillait plus. La nourriture est devenue très chère [à cause de l’inflation]. Me voici à la rue, avec les enfants. Mon ancienne Madame m’a confisqué mon passeport. J’avais fui son domicile car elle me payait trop mal. Le consulat ne nous aide pas du tout. »

Système de « tutelle »

Toutes évoquent la perte de revenus, à la suite de la dégringolade de la livre libanaise et à la raréfaction des précieux dollars, qu’elles envoyaient à leurs proches en Ethiopie. Plus de deux mois de confinement ont privé de travail celles qui faisaient les ménages en « free-lance », sans vivre au domicile de leur « patron ». Dans certains foyers, des employeurs ont été licenciés.

« Des familles se cachent derrière l’excuse de ne plus pouvoir payer pour abandonner dans la rue leur employée de maison. Mais, ces difficultés ne peuvent pas être une justification. Cette attitude est très avilissante, elle est le résultat du système de kafala [tutelle en arabe] qui donne à un employeur les pleins pouvoirs sur son employée », déplore Ghina Al-Andary, travailleuse sociale chez Kafa, une association œuvrant pour la protection des femmes migrantes.

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