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Invitée, depuis quarante-huit heures, à s’expliquer sur un étonnant contrat conclu avec une société de consultance américaine pour gérer la crise migratoire, la Commission européenne n’avait pas encore trouvé les réponses, mardi 23 juin. L’affaire, révélée par le site Balkan Investigative Reporting Network (BIRN) et le magazine allemand Der Spiegel, est, il est vrai, embarrassante. Les deux médias ont, en effet, dévoilé qu’en 2015 et 2016 la société McKinsey, l’un des plus grands cabinets de conseil au monde, a travaillé à « l’accélération » de l’examen des demandes d’asile introduites en Grèce. En vertu d’un contrat irrégulier.
C’était l’époque où la Grèce était totalement dépassée par l’arrivée de nombreux migrants sur ses îles et où se négociait, entre la Turquie et l’UE, un accord visant à ce qu’en échange de 6 milliards d’euros et d’une série de promesses (la reprise des négociations d’adhésion et une libéralisation des visas) les autorités d’Ankara acceptent de reprendre les déboutés du droit d’asile. Encore fallait-il que la Grèce soit en mesure d’examiner les milliers de demandes introduites, ce dont elle semblait incapable.
McKinsey propose alors d’œuvrer – d’abord gratuitement, selon une source citée par les journalistes – à l’élaboration d’un « plan d’action », discuté avec un haut fonctionnaire néerlandais de la Commission et le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO), une agence qui doit aider les pays membres à gérer les crises. L’agence des frontières Frontex et le gouvernement grec de l’époque auraient aussi été associés au projet.
« Rien de très sensible »
Le « plan d’action » était proposé en décembre 2015, une semaine avant l’annonce de l’accord UE-Turquie, qui allait être officiellement entériné en mars 2016. Le nom de McKinsey n’était cité par personne à l’époque, mais les propositions de la Commission ressemblaient fortement à celles du consultant : augmentation du nombre d’interprètes et de fonctionnaires chargés de l’examen des dossiers, implication accrue de Frontex, tri des demandes en « catégories », augmentation des capacités des centres de détention sur les îles, etc.
En janvier 2017, pour l’application du plan – son plan –, McKinsey bénéficiait finalement d’un contrat à hauteur de 992 000 euros, conclu dans l’urgence « par manque de temps et en raison de la pression politique », et surtout « sans suivre la nécessaire procédure d’attribution des marchés publics », comme l’indiquait une note concluant une réunion du Bureau européen d’asile. Une démarche critiquée a posteriori par la Cour des comptes européenne.
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