La vallée du Jourdain dans la peur de l’annexion

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Occupied Jordan Valley Israel Annexation 
Annexion Valle?e du Jourdain
Tanya Habjouqa/NOOR for Le Monde

Eerie military watch tower, with what appears to be either an abandoned checkpoint meant for Palestinian foot traffic control or perhaps one that will be utilized. Flying checkpoints and mysterious activity have been apparent on ground for weeks.  

Signs of years of military presence dot the landscape, some overtly saying

TANYA HABJOUQA / NOOR POUR LE MONDE

Par Clothilde Mraffko

Publié aujourd’hui à 03h35

Al-Maleh est à l’image de la plupart des hameaux bédouins palestiniens du nord de la vallée du Jourdain : quelques baraques de tôle, coincées entre la route et les collines arides où vont paître les troupeaux, pas d’accès à l’eau et une vie chiche. Sur la crête de la colline, en face, une base militaire israélienne domine la zone, des bâtiments blancs entourés de lignes électriques. « Les travaux ont commencé il y a un an et demi. Ils ont tout rénové, du sol au plafond », explique Ibrahim Najada, un berger à la peau acajou, depuis le seuil de sa maison. Il se murmure qu’en cas d’annexion par Israël, c’est là que sera établie l’administration civile israélienne de la zone.

« Avant, j’allais de l’autre côté, avec mes bêtes, désormais, c’est impossible », poursuit le Bédouin, pointant la clôture de barbelés qui a été érigée sur la crête. Sur la colline, au bout de la route, il y a une colonie ; une autre est sortie de terre, derrière la communauté, il y a un an et demi, selon lui. Une ribambelle de petites implantations, illégales aux yeux du droit international, dessine une ligne qui quadrille les hauteurs tout autour de la localité. Dans cette partie de la vallée du Jourdain, c’est chacun chez soi, colons et Palestiniens ne se mélangent pas. « On étouffe déjà, mais si l’annexion se réalise, alors je serai totalement étranglé », glisse Ibrahim Najada, les yeux dans le vague.

Ibrahim Najada, berger, dans le hameau bédouin Al-Maleh, situé au nord de la vallée du Jourdain, le 17 juin.

Les habitants d’Al-Maleh sont persuadés que l’annexion commencera ici, dans ce petit vallon aux terres fertiles au bout de la Cisjordanie occupée, à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec Israël. Parmi les premières mesures annoncées par le nouveau gouvernement de Benyamin Nétanyahou, en mai, le premier ministre a promis l’annexion d’une partie de la Cisjordanie dès le 1er juillet. Depuis, ni carte ni annonce concrète, « on ne sait rien », soupire Amit Gilutz, porte-parole de l’ONG israélienne anti-occupation B’Tselem.

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« Quel sera le statut des Palestiniens ? »

La vallée du Jourdain figure parmi les régions convoitées par l’Etat hébreu, qui la considère comme stratégique car elle dessine la frontière avec la Jordanie. Grenier de la Cisjordanie, et zone au plus gros potentiel de développement, elle a vu pousser les colonies agricoles israéliennes, gourmandes en terres. « Quelle zone va être annexée ? Quel sera le statut des Palestiniens qui vivent là ? », s’interroge Amit Gilutz, dont l’ONG dénombre 65 000 Palestiniens – et onze colons israéliens – dans cette vallée qui compose 30 % de la Cisjordanie.

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