au Chili, le ministre de la santé démissionne au plus fort de l’épidémie

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Jaime Mañalich (à droite), le président Sebastián Piñera (centre) et le nouveau ministre de la santé, Oscar Enrique Paris, le 13 juin à Santiago.

« Je suis, en ce qui me concerne, parvenu à la conviction que cette nouvelle étape de lutte contre le coronavirus requiert un nouveau leadership. » Masque chirurgical sur le visage et drapeau chilien épinglé à la veste, Jaime Mañalich a officiellement annoncé sa démission du poste de ministre de la santé, samedi 13 juin, après plusieurs mois d’une gestion marquée par des hésitations et déclarations polémiques.

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Cet ancien médecin de 66 ans, proche du président de droite Sebastián Piñera, dont il fut déjà le ministre de la santé lors de son premier mandat (2010-2014), était particulièrement critiqué par l’Ordre des médecins du Chili, qui lui reprochait de n’avoir pas agi à temps face à l’avancée de l’épidémie dans le pays. Le gouvernement, pariant sur une stratégie d’immunité collective, s’était en effet contenté, dans un premier temps, d’un confinement obligatoire ciblé, concernant quelques communes uniquement, alors que de nombreux professionnels de santé l’exhortaient à étendre la mesure à toute la région de Santiago, qui concentre 7,5 des 18 millions d’habitants du Chili.

Une épidémie sous-estimée

Jaime Mañalich, qui a été radié de l’Ordre des médecins en 2015 pour manquements à l’éthique (une sanction annulée par la suite, le médecin spécialisé en néphrologie et épidémiologie ayant déjà quitté l’Ordre à ce moment-là), a semblé à plusieurs reprises sous-estimer la gravité de l’épidémie, allant jusqu’à s’interroger, le 21 mars : « Que se passerait-il si ce virus mutait vers une forme plus bénigne ? Que se passerait-il s’il mutait et se transformait en bon virus ? ».

M. Mañalich s’était également fait l’avocat de la stratégie de « Nouvelle normalité », invoquée dès la fin avril, alors que le pic de l’épidémie n’avait pas été atteint, par le gouvernement pour relancer l’activité économique du pays. « A mesure que les mesures s’assouplissent, les citoyens peuvent, en prenant toutes les précautions possibles, reprendre une vie un peu normale, plaidait l’ex-ministre, manger une empanada ou aller boire une bière, par exemple. » Des recommandations vite retirées, face à la nette augmentation du nombre de nouveaux cas au mois de mai, qui a contraint le gouvernement à prendre des mesures plus strictes.

Un confinement obligatoire de toute la région de Santiago a finalement été décrété à la mi-mai. Trop tard, selon l’Ordre des médecins et une partie de l’opposition. Le Chili traverse actuellement sa phase la plus grave de l’épidémie : dans la région de Santiago, la plus touchée par le coronavirus, 96 % des lits de réanimation et soins intensifs sont occupés, selon la société chilienne de médecine intensive. Plus de 167 000 cas positifs ont été recensés dans le pays au 13 juin, ce qui représente un taux de contagion parmi les plus élevés au monde, même s’il convient de signaler que le Chili a conduit jusqu’ici davantage de tests que ses voisins, de l’ordre de 40 000 par million d’habitants, contre 5 000 en Argentine.

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