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Petit dialogue sino-américain rapporté par le Financial Times. A un porte-parole du département d’Etat qui, la semaine dernière, à Washington, dénonçait les restrictions des libertés imposées à Hongkong, un fonctionnaire du ministère chinois des affaires étrangères, à Pékin, répondait d’un tweet vengeur : « Je n’arrive plus à respirer. »
En deux mots, la réplique rappelait cette vérité : la politique étrangère, c’est de la politique intérieure – et vice versa. La capacité d’un pays à défendre ses intérêts et à promouvoir ses valeurs à l’extérieur dépend aussi de sa situation intérieure.
Les images du policier blanc écrasant la nuque d’un homme noir, menotté et jeté à terre à Minneapolis, dans le Minnesota, avaient fait le tour du monde. La dernière phrase prononcée par George Floyd – « je n’arrive plus à respirer » – avant de succomber sous la pression du policier était devenue le symbole universel de la persistance du racisme dans la société américaine. Le fonctionnaire chinois avait beau jeu de dire à son collègue du département d’Etat : vous n’avez pas de leçon de morale à nous donner.
L’image de Minneapolis l’emporte sur toute autre réalité. Elle gomme allègrement le fait que le policier va être jugé pour meurtre. Elle ne dit rien de l’indépendance de la justice (même si elle est perméable à l’argent), de la liberté de la presse ou du droit de manifester aux Etats-Unis – tout ce qui n’existe pas en Chine.
Mais c’est ainsi, l’image commande. Elle va peser sur l’aptitude des Etats-Unis à incarner la démocratie et à dénoncer, chez les autres, l’autocratie. Elle va devenir l’un des éléments de la bataille que se livrent Pékin et Washington pour dominer le siècle. La politique étrangère américaine passe par Minneapolis. Et, en se désolidarisant de la grande vague de manifestations contre le racisme qui a suivi la mort de George Floyd, Donald Trump a dégradé un peu plus l’image de son pays – pour le plus grand plaisir de Pékin.
Soldats blancs contre enfants noirs
En son temps, un autre président républicain, Dwight Eisenhower, avait différemment réagi. C’était en 1957, à un moment clé de la lutte des Noirs américains pour l’égalité civique, rapporte l’historienne Mary L. Dudziak dans le New York Times. Là encore, l’épisode ne fut pas sans conséquences pour la politique étrangère américaine alors tout occupée à la guerre froide opposant les Etats-Unis à l’URSS.
Gouverneur de l’Arkansas, l’un des Etats du sud du pays, le démocrate Orval Faubus refusait d’appliquer une décision de la Cour suprême sur l’interdiction de la ségrégation scolaire. Faubus avait mobilisé la garde nationale locale pour empêcher neuf écoliers noirs de faire leur rentrée au lycée public de la capitale de l’Etat, Little Rock. Image forte : des soldats blancs en armes contre des enfants noirs avec leur cartable.
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