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Le protectionnisme se mondialise. Il se propage en Europe, aux Etats-Unis, en Chine. Interrogé mi-avril sur la pénurie de matériel médical en pleine pandémie de Covid-19, Peter Navarro, le conseiller au commerce de Donald Trump, a fustigé « la mondialisation de la production et les entreprises multinationales qui ne saluent pas le drapeau, aiment la main-d’œuvre à bas coût dans les ateliers de misère et raffolent des subventions massives du gouvernement chinois ». Pour le conseiller du président américain, la mondialisation serait « le péché originel » de la crise actuelle.
Autre signe qui ne trompe pas : les Pays-Bas, connus pour leur attachement historique au libre-échange, commencent à douter. Le Parlement néerlandais a rejeté, mercredi 3 juin, le traité avec le Mercosur. Leurs députés craignent que l’accord commercial avec le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay ne pénalise les agriculteurs néerlandais et n’aggrave la destruction de la forêt amazonienne. Négocié pendant vingt ans, il risque de ne pas être ratifié par l’Union européenne.
Enfin, la Chine n’hésite plus une seconde à se servir du protectionnisme comme d’une arme diplomatique. Pékin n’a-t-il pas suspendu à la mi-mai ses importations de bœuf australien après que Canberra eut demandé une enquête indépendante sur l’origine de la pandémie de Covid-19 ?
Nombreuses interventions des Etats pour sauver leurs économies
Fermeture des frontières, restrictions d’exportations de produits agricoles et médicaux… La crise sanitaire a entraîné un repli sur soi commercial. Les nombreuses interventions des Etats pour sauver leurs économies, sous la forme de subventions, d’aides ou de prises de participation dans des sociétés ont été unanimement saluées, même dans les pays qui sont d’ordinaire récalcitrants à ces choix, à l’instar du Royaume-Uni ou des Etats-Unis.
« Les accords de l’OMC [Organisation mondiale du commerce] permettent de prendre des dispositions exceptionnelles en situation de crise, mais les mesures de soutien aux entreprises poseront problème par rapport aux engagements internationaux si elles durent », prévient toutefois Sébastien Jean, directeur du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii). Et ce, même si les règles du commerce mondial sont moins contraignantes depuis que la Chine et les Etats-Unis multiplient les mesures de rétorsion commerciale et que l’instance d’appel du règlement des différends de l’OMC est paralysée depuis décembre 2019.
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