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LA LETTRE DU BENELUX
L’image est devenue culte sur les réseaux sociaux : tentant d’enfiler un masque de protection, Koen Geens, le ministre belge de la justice, s’empêtre, ne comprend pas comment placer l’élastique et se retrouve avec le masque de tissu d’abord sur les yeux, puis sur le front. Ennuyeux pour l’un des six (!) ministres fédéraux officiellement chargés de procurer enfin au royaume lesdits masques qui, malgré les promesses officielles, font toujours défaut.
Une autre affaire, bien plus ennuyeuse pour le département de M. Geens, a toutefois éclaté lundi 1er juin. Heureusement pour lui, elle a été « masquée » par la pandémie de Covid-19 car, en d’autres temps, elle n’aurait sans doute pas été cantonnée à la rubrique des faits divers.
Cette histoire de musulmans radicalisés impliqués dans un kidnapping d’adolescent interroge en effet, une fois encore, sur le fonctionnement – tellement discuté – de la justice belge. Celle-ci a estimé, en 2019, que Khalid Bouloudo, 45 ans, recruteur présumé de treize combattants pour la Syrie, présentait de bonnes chances de réinsertion et pouvait bénéficier d’une peine avec sursis. L’un de ses complices, Omar L., condamné pour le braquage d’une agence de paris et bénéficiant d’une liberté conditionnelle, avait, lui, cisaillé, en février, son bracelet électronique et s’était évanoui dans la nature.
Avec quatre complices déguisés en policiers, Omar L., est entré dans la maison d’une famille de Genk, le 20 avril. Armés de fusils d’assaut, les hommes cagoulés kidnappent F., 13 ans, après avoir entravé les adultes présents. Les ravisseurs vont exiger 5 millions d’euros et le gamin sera retrouvé par la police dans la nuit du 31 mai au 1er juin. Durant ces 42 jours, c’est un incroyable polar qui s’est ainsi déroulé, à l’insu des médias et de l’opinion publique.
« Mocro-maffia »
La famille du jeune F. est connue pour avoir trempé dans des affaires de drogue. Dans le Limbourg belge, où se déroulent les faits, et à Anvers, l’une des principales portes d’entrée de la cocaïne en Europe, on ne compte plus les menaces entre clans, les coups de feu ou les jets de grenade visant des voitures ou des commerces. Les Pays-Bas sont proches et les gangs qui y régentent le trafic – dont la « mocro-maffia », mafia marocaine – ont étendu leur zone d’action à la Belgique toute proche.
Les proches de F. veulent, en tout cas, garder le silence et tenter de rassembler la rançon, sans alerter la police. Pas simple en période de confinement, où les contrôles se multiplient tandis que les déplacements jugés non essentiels sont interdits. La police va d’ailleurs avoir vent de ce qui se déroule : la famille agite ses contacts pour trouver de l’argent, de l’or et tout ce qui pourrait suffire à faire libérer l’adolescent.
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