« L’île de la démocratie et des libertés », la nouvelle promesse d’Erdogan

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Le président Tayyip Erdogan vient inaugurer un hôpital, le 21 mai à Istanbul.
Le président Tayyip Erdogan vient inaugurer un hôpital, le 21 mai à Istanbul. PRESIDENTIAL PRESS OFFICE / REUTERS

LETTRE D’ISTANBUL

C’est en grande pompe que le président Recep Tayyip Erdogan et son allié politique Devlet Bahçeli, le chef de l’extrême droite ultranationaliste, ont inauguré, mercredi 27 mai, « l’île de la démocratie et des libertés », un îlot rocheux de la mer de Marmara à quelques encablures d’Istanbul, censé faire entrer la Turquie dans une nouvelle ère.

Présentée comme un événement d’importance historique, la cérémonie a été largement relayée par les chaînes de télévision. Toutefois, les commentateurs politiques au service du régime se sont bien gardés de révéler que ce havre de démocratie, limité à 18 hectares, sera fermé aux citoyens ordinaires et que seuls les bateaux privés de quelques VIP seront autorisés à y accoster.

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Situé dans l’archipel des îles des Princes, l’îlot, appelé jadis Yassiada, est l’un des 39 arrondissements administratifs d’Istanbul. Cinq ans de travaux ont rendu l’endroit méconnaissable. La forêt a été entièrement rasée pour faire place à un vaste complexe comprenant un hôtel de 125 chambres, des salles de conférences, des cafés, des restaurants, des bungalows, un musée, des installations portuaires et une mosquée susceptible d’accueillir 1 200 personnes. Le président y recevra ses hôtes de marque de façon contrôlée.

Bétonisation effrénée, arrachage systématique des arbres, architecture clinquante sont les principales caractéristiques des réalisations architecturales pharaoniques menées par le président turc. En dix-huit ans d’un règne sans partage, ce dernier n’a eu de cesse de vouloir laisser son empreinte sur Istanbul, mégapole de 16 millions d’habitants, ville dont il fut maire (1994-1998) et qui servit de tremplin à sa carrière politique.

L’Histoire convoquée

Sous sa houlette, la Turquie a investi des dizaines de milliards de dollars dans des infrastructures géantes (aéroports, ponts, routes) et dans des édifices tape-à-l’œil, telle la monumentale mosquée de Çamlica érigée sur la rive asiatique d’Istanbul. Dotée de 63 000 places, soit presque l’équivalent du Stade de France, elle parvient difficilement à faire le plein.

Affaibli politiquement par la perte de l’ancienne capitale ottomane, passée aux mains de l’opposition kémaliste lors des municipales du printemps 2019, le numéro un turc entend bien redorer son blason auprès de son électorat désenchanté.

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Menacé par la récession économique qui se profile, il cherche à distraire la population de ses soucis quotidiens, à savoir la perte de son pouvoir d’achat, la montée du chômage et la hausse des prix, avec un taux d’inflation qui ne décolle pas des deux chiffres (encore 10,9 % d’inflation en avril).

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