L’impossible retour à la normale dans les aéroports américains

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A l’aéroport de Newark (New Jersey), le 21 avril.
A l’aéroport de Newark (New Jersey), le 21 avril. JOHANNES EISELE / AFP

« Apocalyptique. » Le terme a été employé par le patron de Boeing, David Calhoun, à propos de la situation qu’affrontent les compagnies aériennes américaines. Selon lui, l’une des principales compagnies pourrait disparaître, à l’issue d’une crise susceptible de durer des années, tandis que le trafic sera, en septembre, inférieur de 25 % à ce qu’il était un an auparavant.

Pour l’instant, un retour à la normale aux Etats-Unis est matériellement inimaginable. On l’a expérimenté en empruntant, début mai, l’un des aéroports new-yorkais, Newark, dans le New Jersey. Les mesures de distanciation physique de 2 mètres sont imposées aux voyageurs, à l’enregistrement, au passage de la police, à celui des contrôles de sécurité. Une prise de température voire des interrogatoires pourraient être ajoutés prochainement.

Ces mesures rendent impossible un embarquement fluide dans les aéroports. Ces derniers étaient déjà tellement saturés, avant la crise, que les voyageurs payaient des suppléments pour bénéficier d’accès prioritaires ou s’enrôlaient dans des systèmes de détection biométriques pour abréger leur attente au contrôle de police. Sans vaccin ou traitement efficace, les mesures de confinement dureront, et l’on se retrouvera dans un système pire qu’avant et quasi rédhibitoire.

Un secteur cartellisé

Le séjour à bord des avions est un second défi : les passagers sont priés de porter le masque, et les compagnies disent faire de leur mieux pour garder le siège du milieu vide. Cette promesse vaut tant qu’elles n’ont pas de clients : United Airlines a suscité un tollé en embarquant des avions pleins à partir de Newark. La compagnie a refusé de s’engager sur le maintien de sièges vides, mais elle permettra aux passagers qui le souhaitent de choisir un autre vol moins bondé. Prendront l’avion ceux qui ont déjà eu la maladie ou font confiance au patron de Boeing, qui assure que « l’air de la cabine se régénère toutes les trois minutes ». S’y ajoute une contrainte économique : les compagnies ne peuvent pas être rentables avec des avions aux deux tiers pleins, à moins d’augmenter les tarifs, qui étaient déjà très élevés avant la crise, en raison de la cartellisation du secteur.

Pour cela, il faut une reprise du voyage d’affaires. Celle-ci n’est pas évidente, de nombreuses entreprises ont expérimenté la privation de voyages aériens. Le Wall Street Journal a raconté, le 11 mai, le basculement de la vie professionnelle de Jennifer Kilian, associée du groupe de conseil stratégique McKinsey, qui passait sa vie dans les avions. La consultante organise désormais des téléconférences dans son jardin de Brooklyn et trouve que la créativité n’a pas été affectée par la distance.

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