« L’attitude actuelle de la Chine donne raison à ceux qui avaient alerté sur la “menace chinoise” »

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A Shanghai, le 12 mai 2020.
A Shanghai, le 12 mai 2020. ALY SONG / via REUTERS

Entretien. Historien de formation, Pierre Grosser est chercheur au Centre d’histoire de Sciences Po Paris. Spécialiste de la guerre froide et de l’Asie, il enseigne les relations internationales et est l’auteur de nombreux ouvrages, dont L’histoire du monde se fait en Asie. Une autre vision du XXe siècle (Odile Jacob, 2017).

Comment analysez-vous la réaction plus vive de la Chine dans la polémique sur les origines du virus alors que les critiques à l’égard de Pékin s’intensifient ?

L’offensive médiatique de Taïwan sur sa réussite face à l’épidémie et sur le comportement de la Chine à l’Organisation mondiale de la santé compte autant que la manière dont les Etats-Unis rendent les dissimulations chinoises responsables de la propagation de l’épidémie. Il était question en février d’un « effet Tchernobyl » sur le pouvoir chinois – mais il n’y a pas de glasnost (« transparence ») en Chine comme dans l’Union soviétique de Gorbatchev. Désormais, on parle d’une « poutinisation » de la diplomatie chinoise. Sans même recourir au vocabulaire de la « perte de face », la Chine a l’impression de se faire voler sa victoire. Une sorte de « syndrome Sun Yang », ce nageur chinois multimédaillé accusé de dopage.

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Le président Macron a rejoint les Etats-Unis et la Grande-Bretagne en émettant des critiques à l’égard de la Chine. La Russie a plutôt pris la défense de Pékin. Est-ce que cela signifie que les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU sont incapables de s’entendre sur une gestion multilatérale de la lutte contre le virus ?

Le président a été prudent dans ses déclarations sur la Chine depuis janvier, ce qui a sans doute été utile lorsque l’épidémie a pris de l’ampleur en France. L’inflexion que vous indiquez a servi, à mon avis, à envoyer un signal à la suite de Tweet peu diplomatiques venus de l’ambassade de Chine, qui ont conduit à la convocation de l’ambassadeur. La France a été à l’initiative pour actionner la diplomatie de club des grandes puissances, Conseil de sécurité et G7. La Chine semble toujours indispensable pour faire face aux défis globaux, même si ses pratiques dans les enceintes multilatérales ne correspondent pas à ses discours – critique qui a été jadis adressée aussi aux Etats-Unis. Le Conseil de sécurité, où la France joue son statut de puissance, est paralysé par l’affrontement sino-américain. Le Covid-19 y sert à tester la détermination des deux pays.

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Allons-nous vers plus de crispations entre les Etats-Unis et la Chine, et leurs alliés respectifs ?

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