« On est habitué à être négligés et rejetés par l’Etat », la mobilisation des favelas face au Covid-19

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Dans la favela de Rocinha, à Rio, le 29 avril 2020.
Dans la favela de Rocinha, à Rio, le 29 avril 2020. RICARDO MORAES / REUTERS

Gilson Rodrigues ne mâche pas ses mots : « Ce qu’on a développé ici, c’est une structure de guerre ! », insiste le président de l’Union des habitants et commerces de la favela de Paraisopolis, l’une des plus grandes de Sao Paulo. Par téléphone, ce dernier liste les nombreuses initiatives prises par les associations du bidonville pour faire face au coronavirus. « C’est un plan en 10 points, qui va du social à la santé en passant par le volet économique », vante le jeune homme, âgé de 35 ans.

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Dans cette favela comptant plus de 100 000 habitants, la mobilisation est générale. Deux écoles ont été transformées en centre d’accueil, avec lits et salles de bain, afin d’héberger jusqu’à 510 personnes dont le test au virus est positif. Trois ambulances et 7 professionnels de santé, joignables 24 heures sur 24, ont été contactés par les associations de quartier, qui ont également mis sur pied une formation de secouriste et ouvert un bureau de télémédecine, à destination exclusive des habitants de la favela.

Kits d’hygiène

Toute la vie économique est impliquée : les restaurants, cuisinant chaque jour 10 000 marmitas (panier-repas) pour les plus nécessiteux ; les couturières, confectionnant des centaines de masques en tissu. L’Union des habitants de Paraisopolis distribue aux familles des kits d’hygiène et des aides financières, de quelques dizaines d’euros. Mais l’initiative la plus médiatique est sans conteste l’élection de 420 « présidents de rue », chacun chargé de veiller sur 50 maisons de la favela, afin d’informer, de répartir l’aide d’urgence et d’appeler les services médicaux en cas de besoin.

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« A Paraisopolis, on a une culture de la solidarité et de la mobilisation sociale très ancienne », explique M. Rodrigues, dont l’association a été créée dès 1983. On est habitué à être négligés et rejetés par l’Etat. Avec le coronavirus, on a donc tout de suite compris que personne n’allait nous aider et qu’il fallait qu’on se mobilise au plus vite pour se prendre en charge », insiste-t-il. Aucun plan d’urgence spécifique, ni au niveau local ni national, n’a en effet été prévu pour venir au secours des favelas, où vivent plus de 13 millions de Brésiliens.

« C’est un élan de solidarité assez rare. La philanthropie n’est pas quelque chose de très courant en temps normal au Brésil » Sonia Fleury, coordinatrice du projet WikiFavelas, qui liste l’ensemble des initiatives de solidarité

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