« Wall Street rêve d’embrasser la Belle au bois dormant »

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« Wall Street a décidé d’enjamber la crise due au coronavirus et vit déjà l’idylle du monde d’après. La Bourse parie sur un rebond rapide, en « V », qui permettra à l’économie de repartir et pense que tout repartira comme avant.»
« Wall Street a décidé d’enjamber la crise due au coronavirus et vit déjà l’idylle du monde d’après. La Bourse parie sur un rebond rapide, en « V », qui permettra à l’économie de repartir et pense que tout repartira comme avant.» Carlo Allegri / REUTERS

Chronique. Les financiers sont des grands enfants, qui rêvent d’embrasser la Belle au bois dormant pour la réveiller d’un sommeil de cent ans. Comme si rien ne s’était passé entre-temps et que le temps eût été suspendu. C’est ce que fait Wall Street, qui a décidé d’enjamber la crise due au Covid-19 et vit déjà l’idylle du monde d’après. La Bourse parie sur un rebond rapide, en « V », qui permettra à l’économie de repartir, et pense que tout repartira comme avant. Pour que ce rêve devienne réalité, pendant le sommeil forcé de l’économie, les bonnes et mauvaises fées s’activent. Afin que tout ait l’air comme avant, en mieux.

La première fée s’appelle Silicon Valley. La crise provoquée par le Covid-19, c’est le triomphe de l’Amérique high-tech sur l’Europe du tourisme. Les Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) vont sortir renforcés de la crise, ayant permis à la planète de continuer de tourner au minimum pendant l’épidémie, tandis qu’un grand nombre de PME high-tech, comme le téléconférencier Zoom, ont émergé. La crise fait des victimes collatérales – l’aérien, l’automobile, les PME – mais, au fond, elle permet d’accélérer la bascule dans le monde virtuel du XXIe siècle.

La deuxième fée, ce sont le Congrès des Etats-Unis et l’administration Trump. Ne dites plus jamais que les Etats-Unis sont le pays du laisser-faire : Washington a décidé un plan de relance massif pour aider citoyens et entreprises. 660 milliards dollars (609,40 millions d’euros) de prêts aux PME pour prendre en charge leurs salaires ; 2 400 dollars par mois d’assurance-chômage fédérale supplémentaire ; un chèque individuel du fisc de 1 200 dollars.

Réalité concrète

Au total, le stimulus voté par le Congrès atteint 3 500 milliards de dollars, soit environ 15 % du produit intérieur brut (PIB) ! Un chiffre à comparer à la récession, qui devrait être de l’ordre de 7 %, contre une croissance prévue d’environ 2 %. « L’Etat américain a surréagi au choc. Il a pris 150 % du coût de la crise à sa charge », calcule Patrick Artus, économiste en chef de Natixis. Aucune raison, donc, que les boursiers s’inquiètent puisque l’Etat prend plus que l’addition à sa charge.

La troisième fée, c’est la Réserve fédérale américaine (Fed), qui finance à tout-va l’économie. Il convient de ne pas se laisser intimider par les grands mots, comme « quantitative easing » (« assouplissement quantitatif », programme de facilitation de liquidités), ou par le fait que la taille du bilan de la banque aurait crû de 2 300 milliards de dollars depuis le début de la crise.

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