Décès de Maj Sjöwall, la grande dame du polar nordique

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Au détour d’un chemin sur l’île de Ven, entre la Suède et le Danemark, dans le détroit de l’Oresund, le visiteur pouvait la croiser au volant de sa voiture de golf. Un paysage bucolique, quand il faisait beau ; le cadre parfait pour un polar scandinave, dès que le ciel s’assombrissait. C’est là que la pionnière du « nordic noir » avait choisi de vivre, depuis plusieurs années, loin du tourbillon stockholmois où elle était née le 25 septembre 1935 et dont elle, et son compagnon, Per Wahlöö, avait fait le décor des enquêtes de l’inspecteur Martin Beck.

La romancière suédoise Maj Sjöwall est morte à 84 ans, le 29 avril, à Landskrona (Suède) des suites d’une longue maladie. Per Wahlöö est mort en 1975. Le couple venait alors de terminer le dixième de dix polars écrits à quatre mains, une série débutée dix ans plus tôt. Ils s’étaient rencontrés en 1961. Maj Sjöwall travaillait dans la maison d’édition qui avait publié les premiers ouvrages de Per Wahlöö. Longtemps, elle est restée dans son ombre. L’éternelle numéro deux.

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Au journal Dagens Nyheter, en 1993, elle racontait : « Peut-être que je me suis sentie en infériorité tout au début, mais je sais ce à quoi j’ai contribué. Nous étions le couple d’écrivain parfait. Notre relation était unique, merveilleuse. » Elle n’a écrit qu’un seul livre après sa mort : un roman policier, La femme qui ressemblait à Greta Garbo (1990 ; Christian Bourgois, 1992), cosigné avec Tomas Ross (le pseudonyme de l’écrivain néerlandais Willem Hogendoorn), au succès très modéré.

Exposer la face sombre de la société nordique

Henning Mankell, Stieg Larsson, Hakan Nesser, Jens Lapidus, Jo Nesbo, Arnaldur Indridason… Tous ont suivi la trace du couple, utilisant le polar pour exposer à la lumière la face sombre d’une société nordique pas toujours en phase avec le modèle social qu’elle voudrait incarner. Le père de Maj Sjöwall était directeur d’hôtel à Stockholm. Elle a grandi avec les privilèges de sa classe. Mais son cœur était à gauche.

Le roman policier, expliquait-elle en 2012, lors de la réédition des dix enquêtes de l’inspecteur Martin Beck, « nous a permis de faire d’une pierre deux coups, en écrivant des livres de divertissement, facile à lire, et en y glissant, en même temps, notre message politique ». Ils ont intitulé la série « Roman d’un crime ». Ce crime, selon Maj Sjöwall, était celui de la social-démocratie contre la classe ouvrière suédoise.

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