en Espagne, des maisons de retraite sont devenues des mouroirs au pic de l’épidémie

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Des dizaines de sacs-poubelles noirs sont empilées sur le sol d’un débarras de la résidence pour personnes âgées Nuestra Señora del Carmen, au nord de Madrid. Remplis de vêtements et d’objets personnels, c’est tout ce qu’il reste des 71 pensionnaires décédés dans cet établissement public depuis le début de l’épidémie de Covid-19, selon le quotidien El Pais.

Les familles pourront-elles les récupérer un jour ? Pas tant que ces sacs ne seront pas désinfectés, ont assuré les responsables du centre. A moins que la direction ne choisisse, comme l’ont décidé tant d’autres, de tout brûler.

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Selon les décomptes des régions, plus de 16 000 pensionnaires seraient morts du Covid-19 dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes espagnols. Une grande partie n’entre pas dans les statistiques officielles, faute de dépistage. Dans les seules maisons de retraite de la région de Madrid, épicentre de l’épidémie dans le pays, le dernier bilan fait état de plus de 5 800 décès dus au coronavirus, soit un résident sur dix. En Catalogne, il s’élève à 3 000 pensionnaires, un sur vingt.

Près de 110 enquêtes préliminaires

Alors que l’épidémie poursuit son reflux en Espagne, avec, dimanche 3 mai, 164 nouveaux décès déplorés en vingt-quatre heures, pour un total de 25 264 morts testés, les familles de victimes veulent comprendre.

Et les plaintes se multiplient. Près de 110 enquêtes préliminaires ont été ouvertes par le parquet général : 42 résidences de Madrid sont visées et 24 en Catalogne.

Déjà, le manque de préparation, d’équipements, de médecins et de personnel, mais aussi de transparence est pointé du doigt. « Avant que l’épidémie ne se déclenche, les résidences étaient déjà très détériorées, avec peu de personnel, résume Raquel Carillo Gomez, interne à l’hôpital Gregorio Marañon de Madrid. Quand le virus est entré, elles sont devenues des tombeaux. »

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Tout est allé très vite. Trop vite. Le 4 mars, le premier mort recensé dans la capitale est une femme de 99 ans, résidente de la maison de retraite La Paz, près du parc du Retiro. Le 6 mars, les autorités madrilènes ferment les centres d’activités pour le troisième âge et le 8 mars, elles interdisent les visites dans les résidences de personnes âgées dépendantes. Mais ce n’est que le 17 mars, soit trois jours après la proclamation de l’état d’alerte, que l’Espagne réalise l’ampleur du drame.

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