Le Canada interdit les armes d’assaut de type militaire

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Le premier ministre canadien Justin Trudeau, le 1er mai à Ottawa.
Le premier ministre canadien Justin Trudeau, le 1er mai à Ottawa. BLAIR GABLE / REUTERS

La récente tuerie perpétrée les 18 et 19 avril en Nouvelle-Ecosse par un homme armé, dont la cavale meurtrière a coûté la vie à 22 personnes, a convaincu le premier ministre Justin Trudeau que le moment était venu d’honorer une promesse faite en 2015 lors de son premier mandat, et réitérée lors de la campagne électorale de l’automne 2019 : renforcer de façon drastique le contrôle des armes à feu. Il a annoncé, vendredi 1er mai, qu’il serait désormais interdit « de vendre, d’acheter, de transporter, d’importer ou d’utiliser des armes d’assaut de type militaire au Canada », précisant que 1 500 modèles étaient visés par cette interdiction.

Parmi les armes prohibées se trouvent notamment la carabine Ruger Mini-14, avec laquelle Marc Lépine tua 14 jeunes femmes à l’Ecole polytechnique de Montréal en 1989, la carabine VZ-58 dont était armé Alexandre Bissonnette, le responsable de l’attentat contre la grande mosquée de Québec en janvier 2017 (6 morts), deux épisodes tragiques qui ont durablement marqué le Canada, mais aussi les carabines M16 et AR-15 utilisées lors de tueries de masse aux Etats-Unis ou à Christchurch en Nouvelle-Zélande. « Ces armes n’ont été conçues qu’à une seule et unique fin : tuer le plus grand nombre de personnes le plus rapidement possible, a déclaré le premier ministre. Elles n’ont pas leur place chez nous. » Le gouvernement estime à 100 000 le nombre de ces armes au Canada.

L’opposition des conservateurs

En vertu d’une entente passée entre les partis représentés à la Chambre des communes, qui prévoit que seuls les projets de loi relatifs à la pandémie du Covid-19 fassent actuellement l’objet d’une discussion parlementaire, le gouvernement libéral minoritaire de Justin Trudeau a acté par décret l’interdiction de ces armes, sans avoir à demander l’aval de l’opposition. Une « précipitation » qui a déplu au Parti conservateur, hostile à ce type de prohibition – l’actuel favori de la campagne pour sa nouvelle direction, Peter MacKay, s’est ainsi fait photographier, en 2014, avec un pull marqué du slogan du lobby de l’Association canadienne pour les armes à feu – jugeant que « le gouvernement ne devrait pas essayer d’utiliser l’émotion immédiate [de la tragédie en Nouvelle-Ecosse] pour apporter des changements politiques majeurs ».

Lire aussi Au Canada, le bilan de la tuerie en Nouvelle-Ecosse s’alourdit

« C’est un tournant historique pour le Canada. Aucun gouvernement n’avait eu le courage de prendre une telle décision, juge Françis Langlois, spécialiste de la culture des armes à feu, chercheur associé à la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de Montréal. Mais c’est seulement une première étape. »

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