avec le coronavirus, « nous risquons d’assister à un décrochage de l’Italie »

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Vue aérienne de Rome déserte, le 30 mars.
Vue aérienne de Rome déserte, le 30 mars. ELIO CASTORIA / AFP

En dépit de sa dette publique élevée, l’Italie dispose encore de ressources pour faire face à la crise liée à la pandémie du Covid-19, et notamment d’une épargne privée élevée, estime Fabrizio Pagani, responsable de la stratégie chez Muzinich & Co. En revanche, le pays pourrait décrocher s’il ne prend pas de mesures suffisamment fortes pour soutenir l’activité, estime celui qui fut le chef de cabinet du ministre des finances entre 2014 et 2018.

L’agence de notation Fitch vient de dégrader la note de l’Italie, et les autres agences pourraient suivre… La dette publique du pays, qui devrait s’établir à 155 % du produit intérieur brut (PIB) sur 2020, est-elle soutenable ?

Pour le moment, les agences Fitch et Standard & Poor’s ont une évaluation différente des mesures prises par la Banque centrale européenne (BCE), et de la façon dont elles stabiliseront l’endettement italien.

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Pour ma part, je ne suis pas trop inquiet. D’abord, parce que l’ensemble des pays européens, et pas uniquement l’Italie, sortiront de cette crise avec un niveau d’endettement plus élevé – il dépassera largement les 100 % du PIB également en France et en Espagne. Cela pourrait en partie changer la façon dont on regarde la dette.

Ensuite, parce que l’Italie dispose de fondamentaux économiques corrects, d’une dette des ménages et des entreprises limitée, et d’un montant d’épargne privée considérable : c’est une ressource importante, stabilisante, susceptible d’aider le pays à financer la reprise.

Ajoutons que la BCE a déployé des mesures pour soutenir les Etats et que l’Union européenne s’apprête à dévoiler également un plan de relance. Nous n’en connaissons pas encore précisément les modalités, c’est encore flou, mais il y aura des éléments de solidarité européenne.

Cela suffira-t-il à sortir l’Italie de la crise ?

Si le gouvernement ne prend pas suffisamment de mesures ciblées pour soutenir l’économie, nous risquons d’assister à un décrochage de l’Italie à l’égard des autres pays européens.

Outre les mesures d’urgence pour aider les ménages et les entreprises à passer la crise, il faudra, dans un deuxième temps, relancer l’activité. Avec sa lourde bureaucratie, l’Italie a du mal à appliquer rapidement les mesures sur le terrain. Aussi, réduire la fiscalité sur les ménages les moins privilégiés serait la façon la plus rapide d’agir pour soutenir la demande et la consommation.

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Pour soutenir l’offre, il conviendrait de déployer des outils permettant de canaliser l’épargne privée vers le financement de l’économie réelle, en particulier des PME.

Quels sont les risques pesant sur la zone euro ?

Il y a d’abord celui d’une fragmentation macroéconomique, avec un rythme de reprise différent, entre trois groupes de pays : l’Italie, avec une dette dépassant les 150 % du PIB, d’abord, la France et l’Espagne, avec une dette dépassant les 100 %, ensuite, et enfin, les pays nordiques, avec un endettement plus modéré, et des marges de manœuvre plus grandes.

D’un point de vue microéconomique, la crise sanitaire souligne également que l’Europe, dont l’industrie est en grande partie spécialisée sur l’automobile, devra accélérer sa mutation vers les industries de demain. L’industrie du tourisme, qui est si importante dans tout le sud de l’Europe, est une autre source d’inquiétude.

Emission de dettes perpétuelles, effacement, eurobonds… Comment réduire le poids des dettes publiques ?

Le sujet appelle à la prudence, mais les institutions européennes, comme les Etats membres, ont intérêt à allonger la maturité des obligations souveraines le plus possible, afin de les stabiliser. Offrir à la BCE de nouveaux actifs à acheter et détenir, comme des dettes avec des éléments de solidarité communautaire – quelle que soit leur forme –, contribuerait également à rendre les marchés plus sereins.

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