A Hongkong, plusieurs piliers du mouvement démocratique arrêtés par la police

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La police de l’ancienne colonie britannique a procédé dans la journée de samedi à une vague d’arrestations, interpellant chez elles de nombreuses personnalités connues et reconnues pour leur engagement dans le combat démocratique. Ces arrestations sont, selon la police, principalement en lien avec la grande manifestation du 18 août – laquelle était autorisée et avait rassemblé près de 1,7 million de manifestants, selon ses organisateurs – et avec celle du 1er octobre, date de la fête nationale chinoise, qui n’était pas autorisée et avait violemment dégénéré.

Mais la police a également mentionné trois autres dates de rassemblements illégaux auxquels certaines des quatorze personnes mises en examen ont participé. De très nombreuses marches impliquant des millions de participants ont effectivement eu lieu au cours du mouvement de protestation antigouvernemental qui a secoué la région administrative spéciale de Chine, entre juin et décembre dernier. Le mouvement avait démarré début juin en opposition à un projet de loi d’extradition vers la Chine mais les revendications se sont ensuite élargies, réclamant notamment des réformes démocratiques.

« Plus de différence entre les manifestants pacifiques ou violents »

Parmi les douze hommes et deux femmes visés par ce coup de filet, se trouve Jimmy Lai, 71 ans, célèbre patron de presse, qui publie le Apple Daily, quotidien prodémocratie et ouvertement anticommuniste. Jimmy Lai avait déjà été mis en examen le 28 février pour sa participation à la marche non autorisée du 31 août dernier, tout comme Lee Cheuk-yan, fondateur du Parti travailliste hongkongais, également parmi les personnes arrêtées aujourd’hui.

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Dans la liste des personnalités interpellées, on trouve également l’avocate très respectée Margaret Ng, âgée de 72 ans, spécialiste des droits de l’homme, ancienne députée à l’avant-garde de l’opposition au projet de loi d’extradition, ainsi que le célèbre avocat Martin Lee, 82 ans, fondateur du parti démocratique et souvent qualifié de « père du mouvement démocratique de Hongkong ». S’ajoutent plusieurs députés et anciens députés dont la défenseuse des droits de la communauté LGBT Cyd Ho et l’éternel rebelle trotskiste Leung Kwok-hung, surnommé « Long Hair » (« cheveux longs »). Ils ont pour la plupart été relâchés immédiatement sous caution, et ont été invités à se présenter au tribunal de première instance le 19 mai, date à laquelle on connaîtra plus précisément les chefs d’accusation et les peines encourues.

« Les autorités essayent de mettre en scène au maximum ces arrestations pour intimider la population et faire régner la terreur »

« On voit bien que les autorités essayent de mettre en scène au maximum ces arrestations pour intimider la population et faire régner la terreur. Mais une caution de 1 000 dollars hongkongais [120 euros], réclamée à Martin Lee, cela vous donne tout de même une idée du sérieux de son délit ! », s’insurge la députée Claudia Mo, porte-parole de l’opposition. Plus de 7 000 arrestations ont eu lieu au cours des mois de manifestations.

« La police ne fait plus la différence entre les manifestants pacifiques ou violents puisqu’elle arrête des personnes dont tout le monde sait qu’elles sont pacifiques, comme Martin Lee. (…) Cela va inciter tout le monde à continuer à se battre ensemble », a déclaré Jimmy Sham, le délégué du Front civique des droits de l’homme, qui organise la plupart des grandes marches à Hongkong. Il a d’ailleurs rappelé que les préparatifs de la grande manifestation traditionnelle du 1er juillet étaient déjà lancés. Cette date marque depuis 1997 la rétrocession de l’ancienne colonie britannique à la Chine continentale.

Etouffer l’opposition avant les législatives de septembre

Alors que le calme est provisoirement revenu à Hongkong en raison de l’épidémie de Covid-19, les tensions restent latentes et la plupart des observateurs s’attendent à une reprise des manifestations dans les mois qui viennent.

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Les réactions à ces interpellations ont fusé dans le monde entier. « Les arrestations de personnalités prodémocratie sont une nouvelle attaque au principe Un pays, deux systèmes”, a déclaré Sophie Richardson, directrice de l’ONG Human Rights Watch en Chine. Tout cela arrive juste après les déclarations de Pékin sur le fonctionnement du Parlement, les incitations de Pékin à adopter l’article 23 et l’arrestation douteuse d’un élu local de l’opposition. » Mercredi 15 avril, Luo Huining, le chef du bureau de liaison, le représentant le plus direct de Pékin à Hongkong, avait en effet appelé le gouvernement local à adopter « le plus vite possible » le redouté article 23, un article antisécession et antitrahison contre lequel les Hongkongais se sont déjà mobilisés en masse par le passé, notamment en 2003.

Pékin a également indiqué que son jugement et ses décisions n’étaient en aucun cas soumis aux restrictions prévues par la Basic Law, alors que ce texte fondamental, qui fait office de « mini-Constitution », encadre explicitement dans son article 22 les interférences possibles de Pékin dans les affaires de Hongkong. Tout indique en fait que Pékin, aux abois face à un mécontentement croissant des Hongkongais, cherche par tous les moyens possibles à éteindre l’opposition à l’approche des élections législatives de septembre.

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