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En avril 2018, Fabrizio Cantoni et son épouse, Nelcya Chamszadeh, ont cru tomber de leur chaise : leur jeune société, CC-Tapis, spécialisée dans la conception et la fabrication de tapis modernes noués main au Népal, reçoit le prix du meilleur stand au Salon du meuble de Milan. Inspirée des colonnes qui scandent le Pavillon de la civilisation italienne, à Rome, la scénographie conçue par le petit studio d’architecture Milo fait l’unanimité. « Vous imaginez, nous et notre petit stand de 80 m2, face aux Goliath et leurs milliers de mètres carrés ? sourit Fabrizio. C’est la magie de Milan, où une petite boîte de rien du tout peut côtoyer les personnalités qui font l’histoire du design. »
Au « Salone », comme dans les festivals de cinéma, il n’est pas rare qu’un outsider décroche la timbale à la barbe des têtes d’affiche. Le grand raout milanais est d’ailleurs au design ce que Cannes est au septième art, une vitrine mondiale, professionnelle et festive, où, depuis 1961, émergent les jeunes designers, sont lancées les innovations, se testent les tendances et se nouent les contrats qui donnent l’élan commercial pour le reste de l’année.
Contrôle et finition, avant expédition
Pour CC-Tapis, qui travaille à la fois sous son label et pour d’autres designers, la récompense entraîne une augmentation « considérable » du chiffre d’affaires sur le Salon. Et une inflation de son carnet de commandes. Avant l’été 2019, la papesse du design espagnol Patricia Urquiola, directrice artistique de Cassina, sollicite le couple franco-italien pour le prochain Salon du meuble. En septembre, le duo lui propose un premier jet.
« Pour nous, il ne s’agit pas simplement de transposer un dessin sur un tapis, explique Fabrizio Cantoni dans un français chantant et néanmoins rigoureux, comme son tempérament. Pour qu’un tapis soit intéressant, il faut qu’il ait de la matérialité, de la profondeur, des finitions. Bref, c’est en expérimentant continuellement qu’on obtient quelque chose qui vaille la peine d’être produit. »
En janvier, tout est fin prêt, les prototypes sont lancés dans l’atelier de Katmandou. Comme toujours, la société mise sur une douzaine de semaines de production, contrôle et finition, avant expédition. « Ce qui nous amène au fatidique mois d’avril », indique Fabrizio Cantoni, ajoutant dans un soupir : « Dans nos têtes, le salon était prêt. »
Artère du luxe et de la mode
Il l’était tout autant dans la tête de ses organisateurs. Certes, le 25 février, ils jugent bon de reporter les dates d’avril à juin. Deux jours plus tôt, en effet, la Fashion Week milanaise s’est achevée dans la confusion : certains défilés ont été annulés en catastrophe, celui d’Armani a été organisé à huis clos, sans journalistes ni acheteurs. En un week-end, la Lombardie bascule dans le cauchemar : trente-deux cas d’infection et deux décès liés au coronavirus sont déclarés.
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