en Turquie, une gestion erratique de la crise nourrit les tensions politiques

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Des clients se précipitent pour se procurer de la nourriture avant le couvre-feu, le 10 avril à Istanbul.
Des clients se précipitent pour se procurer de la nourriture avant le couvre-feu, le 10 avril à Istanbul. YASIN AKGUL / AFP

Cette fois-ci, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a préféré prendre les devants. Lundi 13 avril, dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus, il a annoncé à l’avance le confinement obligatoire et total de la population dans trente et une provinces du pays à la fin de cette semaine, de vendredi 17 avril minuit à dimanche 19 avril minuit.

Ces mesures interviennent alors que l’épidémie de Covid-19 s’amplifie ; 107 personnes sont mortes mardi de la maladie, ce qui porte le nombre de décès à 1 403, selon le bilan quotidien publié sur le compte twitter du ministre de la santé, Fahrettin Koca ; 33 070 personnes ont été dépistées au cours des dernières vingt-quatre heures et 4 062 ont été testées positives, un bilan qui reste nettement inférieur à celui des pays d’Europe.

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La pandémie met à rude épreuve la résilience du gouvernement islamo-conservateur qui vient d’entrer dans sa dix-huitième année au pouvoir. En dépit des avis du corps médical et du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, favorables à un confinement obligatoire et généralisé, le président ne peut le décréter sous peine de voir l’économie du pays s’effondrer.

C’est un risque qu’il ne peut prendre sachant que des millions de Turcs vont se tourner vers le gouvernement pour obtenir une aide financière massive. Des mesures ont bien été prises mais elles sont insuffisantes, assurent les syndicats et les partis d’opposition.

Panique généralisée

Le gouvernement a ainsi interdit les licenciements pendant trois mois et une allocation journalière de près de 40 lires (5,80 dollars) sera accordée aux personnes non éligibles aux allocations de chômage et qui ont perdu leur emploi après le 15 mars, selon un projet de loi déposé au parlement par l’AKP, le parti au pouvoir.

La maîtrise du chômage fait partie des défis cruciaux auxquels est confrontée l’économie turque, selon Morgan Stanley, l’une des plus touchées par la pandémie parmi les pays d’Europe centrale et orientale, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Rien ne menace davantage le président Erdogan et son parti qu’une récession d’ampleur, une issue qui semble inévitable comme partout ailleurs dans le monde. Face à cette menace, M. Erdogan a choisi de confiner sa population uniquement les week-ends. Avant tout, ce deuxième couvre-feu devra s’avérer plus efficace que le précédent, lequel, mal organisé, a conduit à un dérapage puis à une crise politique qui a révélé les failles du régime.

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