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Les maîtres de l’Arabie saoudite ont-ils cru pouvoir trouver dans la crise sanitaire en cours un prétexte bienvenu pour se retirer d’un conflit ruineux, un moyen de transformer enfin leur échec militaire yéménite en sortie honorable ?
Riyad a annoncé dans la soirée du mercredi 8 avril un cessez-le-feu unilatéral au Yémen censé prendre effet le lendemain matin. Fixé pour deux semaines mais extensible, il a été présenté par le colonel Turki Al-Malki, porte-parole de la coalition emmenée par l’Arabie saoudite, comme une réponse à l’appel lancé le 25 mars aux parties au conflit yéménite par le secrétaire général des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, à faire taire les armes pour mieux faire face à l’épidémie de Covid-19.
Mais, un peu plus de cinq ans après le début de l’intervention saoudienne contre les rebelles houthistes, ces derniers apparaissent comme les vainqueurs du conflit, maîtres de la capitale et des zones les plus peuplées du pays.
Malgré la tenue permanente de pourparlers avec Riyad, ils ne semblent pas avoir l’intention, en position de force, d’offrir aux Saoudiens ce qu’ils réclament. L’annonce de mercredi soir n’a pas été suivie de réaction officielle de leur part mais des déclarations de responsables, empreintes de scepticisme, laissent entendre que la décision de Riyad n’a pas fait l’objet de concertation préalable.
Les houthistes s’en tiennent pour leur part à une vague proposition de plan de paix, publiée mercredi avant l’annonce de cessez-le-feu et qui implique la reconnaissance de fait de leur domination sur le Yémen par la partie saoudienne. Or, le royaume protège toujours le gouvernement officiel en exil du président Abd Rabbo Mansour Hadi, isolé à Riyad à la tête d’un Etat vidé de sa substance. Accéder aux conditions des houthistes reviendrait pour les Saoudiens à s’avérer vaincus, une concession qu’ils ne peuvent se permettre.
Tir de missile
Dans la nuit de mercredi à jeudi, la fin de non-recevoir des houthistes à Riyad a pris la forme plus éloquente encore d’un tir de missile sur Marib, une ville encore nominalement placée sous le contrôle du gouvernement yéménite officiel.
Jeudi, M. Guterres s’est toutefois félicité de la décision saoudienne, appelant les autres acteurs du conflit à donner suite. Mais, plus encore que la fin des affrontements, la « solution politique » à laquelle l’Arabie saoudite a dit mercredi vouloir parvenir paraît toujours aussi illusoire.
En 2015 l’intervention saoudienne au Yémen avait été pensée pour lancer dans le monde Mohammed Ben Salman (« MBS »), encore débutant mais déjà ministre de la défense de son pays à 30 ans et qui, deux ans plus tard, allait être désigné prince héritier.
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