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Dans la petite rue Julu, une venelle commerçante au cœur de la concession française de Shanghaï, où se pressaient autrefois les acheteuses de mode, une boutique sur cinq ou six a baissé le rideau. « Tous les commerces physiques vont mourir si ça continue, soupire Stella Liu, la patronne de Magpie, un petit salon de massage. Nous, on ne gagne même plus de quoi payer le loyer. J’ai licencié la moitié de mes employés. »
Alors que la vie a repris progressivement depuis la mi-février, après trois semaines de fermeture forcée pour cause d’épidémie due au coronavirus, la consommation tarde à repartir en Chine. Encore prudents, les Chinois sortent à pas comptés, hésitant à se rendre dans les commerces traditionnels. Les services qui impliquent une proximité avec les clients, comme le salon de Mme Liu, sont particulièrement touchés.
L’épidémie apparue à Wuhan en décembre 2019 a d’abord mis le pays à l’arrêt. Au premier trimestre 2020, l’économie nationale, ébranlée par les mesures de confinement, devrait connaître une croissance négative, selon les experts. Sur les deux premiers mois de l’année, les ventes au détail, qui permettent de mesurer la consommation, ont chuté de 20,5 %.
Le ministère du commerce a affirmé, le 26 mars, que la consommation s’était stabilisée, mais la moitié des magasins n’ont pas de quoi survivre plus de six mois, d’après une étude de Bloomberg publiée le 20 mars. Surtout, alors que Pékin affirme avoir réussi à reprendre le contrôle sur l’épidémie, le reste du monde est désormais gravement touché. Un nouveau coup dur pour l’économie chinoise, qui demeure très dépendante des exportations.
Les inconnus sont perçus comme une menace
En vue de relancer la consommation, les autorités locales ont commencé à annoncer une batterie de mesures censées inciter les Chinois à mettre la main au portefeuille. Dans le Zhejiang, la province située juste au sud-ouest de Shanghaï, les entreprises ont été poussées à accorder une demi-journée de congés supplémentaires par semaine à leurs salariés, en espérant qu’ils en profitent pour sortir et dépenser davantage.
Convaincre les Chinois n’a rien d’évident. Au grand Ikea de Shanghaï, le dimanche 29 mars, les clients sont là, tous masqués, mais on est loin de la foule habituelle des week-ends
A Hangzhou, la capitale de la province, bus et métro sont gratuits. A Nankin, au nord de Shanghaï, la municipalité a distribué des bons d’achat pour une valeur de 41 millions d’euros, à dépenser en activités touristiques, sportives, ou achats de biens de consommation. Afin de montrer l’exemple, les dirigeants locaux ont tombé le masque pour aller dîner dans un restaurant de nouilles au sang de canard, une spécialité de la ville.
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