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L’image a fait le tour du royaume : deux militaires en tenue encadrent une vieille dame, courbée par les années, appuyée sur une canne… et dont ils portent les courses. C’était le 18 mars dans la ville de Gijon, aux Asturies, dans le nord de l’Espagne. Sur les réseaux sociaux, les uns ont applaudi l’empathie des soldats, les autres se sont moqués de ce rôle insignifiant. Puis il a bien fallu que tous se rendent compte que, depuis que le gouvernement a déclaré l’état d’alerte le 14 mars, l’armée est sur tous les fronts pour lutter contre la pandémie de Covid-19 qui frappe très durement le pays. Le dernier bilan, mercredi 1er avril, fait état de plus de 102 000 cas confirmés et 9 053 morts.
Les militaires, qui jouissaient déjà d’une bonne image en Espagne, ont participé à la construction de l’impressionnant hôpital de campagne installé dans le palais des expositions de Madrid, l’Ifema, où se trouvent hospitalisés près d’un millier de malades. Mais aussi au montage d’une quinzaine d’autres structures dans toute l’Espagne, y compris en Catalogne, malgré les réticences initiales des autorités régionales indépendantistes. Ils ont désinfecté au Kärcher près de 1 700 maisons de retraite, submergées par l’épidémie, et découvert à cette occasion des personnes âgées, abandonnées, gisant mortes sur leur lit. Mais ils ont aussi assaini 500 hôpitaux et centres de santé, 250 stations de train et de métro, une vingtaine de ports et une soixantaine d’aéroports, et continuent chaque jour.
Tous les soirs, ils évacuent les corps depuis les morgues jusqu’à la patinoire du Palacio de Hielo de Madrid où les cercueils sont entreposés sur la glace, le temps que viennent les chercher les services funéraires débordés. Et dans le Centre de pharmacie militaire de Colmenar Viejo, dans la grande banlieue, ils fabriquent du gel hydroalcoolique et du paracétamol pour approvisionner les hôpitaux.
Calmer la colère des personnels soignants
« Actuellement, 7 159 militaires sont déployés dans 223 municipalités », a résumé mercredi 1er avril le chef de l’état-major de la défense, le général Miguel Angel Villarroya, qui chaque jour, à midi, paraît aux côtés des représentants des ministères de la santé, de l’équipement et de l’intérieur pour rendre compte de l’avancée de l’épidémie en Espagne. Cette mobilisation de l’armée porte un nom : l’opération Balmis, en référence au chirurgien militaire Francisco Javier Balmis, qui mena en 1803 une campagne de vaccination contre la variole dans tout l’Empire espagnol et jusqu’aux Philippines.
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