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LETTRE DE MOSCOU
La période, avec ses 3 milliards d’êtres humains confinés pour cause de pandémie de coronavirus, paraît peu propice aux rencontres entre conspirateurs.
Mais les conjurés du quartier Moskvoretche-Sabourovo, dans le sud-est de Moscou, ont d’autres préoccupations. « Nous ne sommes ni des inconscients ni des révolutionnaires, nous voulons juste ne pas mourir. Et ce n’est pas le coronavirus qui nous fait le plus peur ! », lance Anna D., l’une des riveraines rassemblées devant l’ancienne usine Polymetal, qui ne veut pas donner son nom et songe déjà à vendre son appartement pour quitter le quartier.
D’autres, plus téméraires, ont régulièrement des ennuis avec la police. « Je suis l’une des plus actives sur les réseaux sociaux, raconte Tamara Kopnitcheva, une retraitée de 58 ans. A chaque fois que la police me convoque, ils veulent savoir qui nous organise, qui nous finance. Ils n’arrivent pas à imaginer que nous puissions décider seuls de défendre notre santé et celle de nos enfants et petits-enfants. » Mme Kopnitcheva, elle, ne songe pas à abandonner, au moins pour rester auprès de son père, invalide et ancien « liquidateur » de Tchernobyl.
Activistes arrêtés
Quelques masques de protection, parmi la petite dizaine d’irréductibles venus constater les dégâts, mais surtout des mines sombres. Les derniers jours ont été difficiles : le 18 mars, l’annonce tant redoutée a eu lieu, celle du début des travaux. Comme d’habitude, quelques centaines d’habitants du quartier ont tenté de s’opposer en se rassemblant face aux excavateurs.
Pas encore Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), mais la police est intervenue brutalement. Le soir du 20 mars, soixante activistes ont été arrêtés et retenus toute la nuit. Le minibus utilisé comme quartier général et planque a été saisi. Entre-temps, les ouvriers ont entouré le chantier de clôtures. Depuis, les deux camps se regardent en chiens de faïence, mais sur la rive opposée, les piliers du futur pont commencent à sortir de terre.
Ces travaux qui sèment tant de discorde, ce sont ceux, annoncés début 2018 par la mairie de Moscou, qui visent à désengorger cette mégalopole de 12 millions d’habitants – une série d’autoroutes urbaines ceinturant la ville à environ 15 km du centre.
Dans le quartier Moskvoretche-Sabourovo, il y a un hic : la « diagonale sud-est » doit passer par le territoire de l’ancienne usine Polymetal. Or cet établissement industriel, qui travaillait sur des minerais contenant du thorium et de l’uranium, se contentait, jusque dans les années 1970, de jeter les déchets radioactifs sur la berge en pente sèche qui tombe dans la Moskova. Recouvertes d’une couche de terre, ces milliers de tonnes de dépôts n’étaient pas même cartographiées.
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