L’armée brésilienne, du positivisme à l’anticommunisme paranoïaque

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Défilé de soldats brésiliens lors du « Jour des forces armées », le 23 août 2019, à Brasilia.
Défilé de soldats brésiliens lors du « Jour des forces armées », le 23 août 2019, à Brasilia. SERGIO LIMA / AFP

Pour veiller sur ses 16 800 kilomètres de frontières et équiper ses 360 000 soldats, le « géant » brésilien ne consacre que 1,5 % de son PIB à sa défense – contre 2,1 % en moyenne au niveau mondial. Et pourtant, voilà plus d’un siècle que l’armée donne le tempo dans le pays. « L’armée a toujours voulu se mêler de politique et gouverner. Après la dictature, sa présence dans la vie publique était juste plus discrète », souligne Joao Roberto Martins Filho, expert du monde militaire et enseignant à l’université fédérale de Sao Carlos.

Le 15 novembre 1889, c’est elle qui renverse un empire à bout de souffle et proclame la république, donnant au pays son premier président, le maréchal Deodoro da Fonseca. Le Brésil a été dirigé par dix présidents issus de l’armée, soit trente-sept ans durant – plus du quart de son histoire moderne. Le capitaine Jair Bolsonaro est tout sauf une exception.

A la fin du XIXe siècle, l’Exercito brasileiro est une armée à tendance progressiste, influencée par la France et la philosophie positiviste d’Auguste Comte. Au pouvoir, elle décrète la séparation entre les Eglises et l’Etat, crée le premier ministère de l’instruction et proclame la nouvelle devise nationale Ordem e progresso (« Ordre et progrès »).

« Chevalier de l’espérance »

Les casernes, très politisées, sont le théâtre de débats fiévreux et d’incessantes révoltes, souvent pour réclamer de meilleurs salaires. Et parfois au nom d’idéaux de gauche, comme, dans les années 1920, le mouvement du tenentismo (de tenente, « lieutenant ») dirigé par le capitaine Luis Carlos Prestes, « chevalier de l’espérance » selon l’écrivain brésilien Jorge Amado. A la tête d’une colonne « rouge » de centaines de soldats mutins, il parcourt plus de 25 000 kilomètres lors d’une « longue marche » à travers le Brésil, de 1925 à 1927, tentant de soulever la population sur son passage.

Lire le récit : Brésil : le président, les militaires et l’astrologue

Il faudra des décennies pour professionnaliser cette turbulente troupe. A cet égard, la mission militaire française au Brésil, menée par le général Gamelin au sortir de la première guerre mondiale, fut décisive : discipline renforcée, centralisation du commandement, entraînement de pointe, développement des industries essentielles d’armement… « La nouvelle conception de la défense a englobé tous les aspects pertinents de la vie nationale », souligne l’historien José Murilo de Carvalho dans son ouvrage de référence Forças armadas e politica no Brasil (« Forces armées et politique au Brésil », Todavia, 2019, non traduit). La consécration arrive lors de la seconde guerre mondiale. Plus de 25 000 pracinhas (« petits troupiers »), sont envoyés au front aux côtés des Alliés et remportent plusieurs victoires notables dans les Apennins italiens contre l’Allemagne nazie.

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