pour les prisonniers américains, d’un confinement à l’autre

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LETTRE DE SAN FRANCISCO

Des détenus de la prison du comté de Twin Falls, en Idaho, en juillet 2018.
Des détenus de la prison du comté de Twin Falls, en Idaho, en juillet 2018. PAT SUTPHIN / AP

Ils sont sortis de la prison de Santa Rita, au nord de San Francisco, l’air réjoui, avec à la main le traditionnel sac plastique blanc contenant leurs effets personnels. Un cadeau inattendu, ce coronavirus, même s’ils n’ignorent pas qu’ils échangent un confinement pour un autre, le gouverneur de l’Etat Gavin Newsom ayant décidé d’assigner à résidence les 40 millions de Californiens exerçant des activités « non essentielles ».

L’un après l’autre : un détenu toutes les dix minutes, sauf ces quatre filles, dévalant ensemble la rampe, hilares de ce coup du destin. Devant la prison, ce jeudi 19 mars, des minibus réquisitionnés par le shérif les attendent, pour les conduire à la station de métro Dublin. Au total, 314 détenus vont être libérés en trois jours de cette prison qui est l’une des plus grandes de Californie avec 2 600 détenus : pour la plupart des courtes peines ou des condamnés à moins de 45 jours de leur libération. Mais aussi certains de « ceux qu’on n’aurait typiquement pas voulu relâcher », a décrit le porte-parole du shérif Ray Kelly à l’antenne locale de la chaîne CBS : des meurtriers souffrant de maladies chroniques multipliant les risques en cas de contamination.

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Depuis une semaine, la même scène se produit aux Etats-Unis dans les localités les plus touchées par le coronavirus. A Los Angeles, la population carcérale a été réduite de plus de 600 personnes (sur un total de 17 076) et les interpellations sont passées de 300 par jour à 60. Dans l’Ohio, le Texas, le Kentucky, des milliers de détenus, âgés ou suspects en attente de procès, ont été renvoyés chez eux. Il s’agit de protéger les prisonniers, souvent confinés à deux ou trois par cellule, mais aussi les gardiens, exposés eux aussi à la promiscuité.

Déjà, des personnels ont été testés positifs dans plusieurs Etats, entraînant la mise en quarantaine de centaines de détenus. A New York, le médecin chef Ross MacDonald du complexe pénitentiaire de Rikers Island, où une vingtaine de prisonniers et de gardiens sont contaminés, a alerté le ministère de la justice. « Nous ne pouvons pas imposer de distanciation sociale à des douzaines d’hommes âgés qui vivent en dortoir et partagent leurs toilettes. Pensez à un paquebot de croisière irresponsable qui embarquerait plus de passagers tous les jours, a-t-il tweeté. S’il vous plaît, laissez sortir autant de gens que possible. »

Panique

Les Etats-Unis sont réputés pour leur surpopulation carcérale (2,2 millions de personnes emprisonnées). En Californie, la Cour suprême avait même dû intervenir en 2011 pour ordonner à l’Etat de faire cesser un entassement record.

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