nos sociétés absorbent de plus en plus mal ces oscillations puissantes

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Tribune. Nous savons à présent le risque : nous pourrions perdre trop tôt nos mères, pères et grands-parents. En Chine, en France, en Italie, les sujets âgés prennent les premiers coups. Toutes nos ­réponses sanitaires visent à réduire ce risque, mais elles s’inscrivent dans la continuité des crises antérieures. L’aîné des coronavirus avait conduit l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à déclarer en 2003 que sa prochaine apparition induirait « une crise de santé publique mondiale ». Nous y voici. Mais nous n’avons pas assez progressé pour anticiper l’émergence de ce cousin, plus létal et plus vif.

La virologie, un sport de combat

Quel est l’adversaire ? Un acteur dont il nous manque l’origine et le potentiel évolutif, mais dont la dynamique est semblable à celle de ses prédécesseurs : après la phase d’attaque, le pic de diffusion (jour du plus grand nombre de contaminations) est atteint en trois à quatre semaines. Il est suivi cinq à sept jours plus tard du pic de décès. La progression ralentit alors pour ­s’interrompre, décrivant une courbe d’évolution classique, semblable à celle des relations proies-prédateurs dans une compétition (attaque virale-défenses humaines) passant par plusieurs cycles d’adaptation réciproques.

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Ces phases ne peuvent être mesurées qu’a posteriori : le pic fut établi le 14 février en Chine. Hors de Chine, et selon que les vagues dureront six ou huit semaines, la mortalité pourrait alors être comprise entre 20 000 et 50 000 décès, voire supérieure (dont plus de 1 000 à 10 000 en France, avec un pic fin mars, une ­semaine après le pic italien). La difficulté de la prédiction tient à ce que, durant cette as­cension exponentielle, si l’inflexion se produit avec 8 jours d’écart, elle peut entraîner dix fois plus de décès.
Mais les lieux (Venise) et les symboles (le péril de l’Anderer, les villes de l’Autre, tenues pour responsables de leur sort et du nôtre) font resurgir une fantasmagorie incontrôlable à l’heure des complots scellés par le numérique.

Condamnés à l’optimisme, il nous faut pourtant appliquer les recommandations, en espérant que les hypothèses optimistes se vérifient, car si l’OMS se félicite de la stratégie de barrage mise en place en première mi-temps, elle signale aussi les limites de notre acceptation.

Impasse économique, paradoxe politique

Resituons l’épisode : nous sommes désormais conscients des effets à long terme de nos choix, lorsqu’ils exploitent principalement le court terme. Trois impacts ici s’amplifient.
1. La croissance exponentielle des ­contrecoups économiques : la vache folle avait emporté 10 milliards de ­dollars [environ 9 milliards d’euros] en 1995 ; H5N1 : 30 ; SARS1 : 40 en 2003 et H1N1 : 50 en 2009 pour 150 000 décès. Avec son impact sur l’énergie, l’automobile, la banque, le tourisme ou l’aviation, Covid-19, par la complexité de ces intrications, ira bien au-delà des 100 milliards à l’échelle planétaire. Alors que l’économie est à bout de souffle, on voit apparaître le vide dans lequel certains pays vont plonger. Notre système sanitaire s’en remettra-t-il ?
2. Le risque d’une réaction non proportionnée face à un adversaire élémentaire : confrontés à ce nouvel ­ac­teur, les patients meurent souvent d’une hyperréaction immunitaire qui flambe leurs poumons en quelques jours. Or, en Europe, l’âge au décès par Covid-19 correspond à l’espérance de vie et rien ne dit que les mesures prises puissent l’accroître.

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