Chaos pour des milliers de Français bloqués au Maroc

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Aéroport de Marrakech le 14 mars, REUTERS/Youssef Boudlal
Aéroport de Marrakech le 14 mars, REUTERS/Youssef Boudlal YOUSSEF BOUDLAL / REUTERS

Jamais l’aéroport de Marrakech n’aura connu autant de touristes furieux. Samedi 14 mars, plusieurs centaines de voyagistes français ont scandé, en boucle, « Macron, un avion », semant la pagaille dans l’aéroport. Depuis l’annonce par le Maroc, la veille, de l’interruption jusqu’à nouvel ordre de ses liaisons avec la France due au coronavirus, des milliers de ressortissants français se trouvent bloqués dans plusieurs villes marocaines sans solution de retour. « On est pris au piège ! », « Macron, rapatrie-nous », « La France nous abandonne », hurlaient-ils dans le terminal international de Marrakech.

L’après-midi, alors que la quasi-totalité des vols ont été annulés, le ministre français des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a assuré sur Twitter que « les autorisations nécessaires pour l’organisation des vols retour seront données », après s’être entretenu avec son homologue marocain Nasser Bourita. « De nouveaux vols sont en cours d’organisation pour vous permettre de regagner la France. Je demande aux autorités marocaines de veiller à ce que tout le nécessaire soit fait au plus vite », a tweeté à son tour le président Emmanuel Macron.

A Casablanca, où le vent de panique a également gagné l’aéroport Mohammed V, les agences de Royal air Maroc et d’Air France ont été prises d’assaut. « Depuis le tweet de Macron, tout le monde essaie d’acheter un billet. Il paraît qu’ils vont autoriser un vol à 2 heures du matin avec Air France, raconte Mathieu, un touriste marseillais de 38 ans. Je ne quitterai pas l’aéroport d’ici là ! Cela fait 24 heures que j’essaye de prendre un billet en ligne. Les prix atteignent jusqu’à 4 000 euros. Et les compagnies proposent des vols et les annulent juste après. On n’a aucune information fiable ! »

Anna, 36 ans, enceinte de cinq mois, est arrivée de Marrakech en taxi pour tenter sa chance au comptoir d’une compagnie, où les bousculades se multiplient. « Il y a des vols depuis Casablanca vers la Suisse et la Belgique. J’ai réussi à avoir une place pour aller à Bruxelles, d’où je prendrai le Thalys. » Certains réservent des vols vers Istanbul ou Francfort. « Nous n’avons pas le choix, insiste Anna. J’ai une fille de huit ans en France et, avec les écoles fermées, qui va s’occuper d’elle ? Sans parler du fait que si la situation dure : qu’est-ce qu’ils vont faire de nous ? On est complètement pris en otage, c’est scandaleux. »

Avec d’autres voyagistes coincés à Marrakech, ils ont créé un groupe Whatsapp nommé « Les rescapés français ». « On se donne les dernières infos. Certains ont des contacts au consulat. On s’organise comme on peut. Vous savez, les gens ont peur. C’est déjà assez difficile comme ça, toute la psychose. Ce qu’on veut, c’est être chez nous, avec nos proches. »

Confusion générale

Samedi soir, si quelques vols ont été autorisés à décoller vers la France, la confusion demeurait toujours sur la possibilité de partir. L’ambassadrice de France au Maroc Hélène Le Gal a publié un message vidéo sur Facebook pour tenter de rassurer ses compatriotes. « Ce que nous vous indiquons, c’est ce qui reste comme possibilité pour regagner la France. Soit des vols qui seraient reprogrammés sur certains aéroports, soit des vols vers des pays européens. Il y a encore des possibilités de vols ou bien des passages terrestres par exemple vers Ceuta puis un ferry pour l’Espagne. »

Aéroport de Tanger le 14 mars (Photo by - / AFP)
Aéroport de Tanger le 14 mars (Photo by – / AFP) – / AFP

Le Maroc n’a pas tardé à annoncer l’interruption des liaisons avec au total 21 pays, la plupart en Europe. Jusqu’à présent, le royaume a enregistré au moins 18 cas de Covid-19, dont le ministre de l’équipement, Abdelkader Amara, et compte un décès. « La situation est moins grave ici, certes. Mais la France doit nous rapatrier. Nous sommes choqués qu’ils nous lâchent comme ça et que ce soit à nous de payer pour rentrer », s’indigne Pierre, un entrepreneur français venu en voyage d’affaires à Casablanca.

« Et nous ? », se sont interrogés sur les réseaux sociaux des Marocains bloqués, quant à eux, en France. « Personne n’a parlé de débloquer des vols dans l’autre sens », déplore Yasmine, une étudiante marocaine à Levallois-Perret. Le tweet d’Emmanuel Macron samedi, qui « demande aux autorités marocaines de veiller à ce que tout le nécessaire soit fait au plus vite » a suscité la colère des internautes marocains. « C’est une façon bien peu diplomatique de formuler votre demande ! D’autant que vos compatriotes ne respectent pas les recommandations : c’est un vrai foyer de propagation ce qu’ils ont fait à l’aéroport ! », s’est indigné l’un d’eux. « Le nécessaire sera évidemment fait aussi pour les ressortissants marocains », tempère une source au ministère des affaires étrangères à Rabat, sans qu’aucune annonce officielle n’ait été faite dans ce sens.

La panique gagne du terrain

La décision d’interrompre les liaisons avec une vingtaine de pays intervient au moment où la panique gagne du terrain dans le royaume, sujet à la propagation de fake news. « Nous sommes à la première phase de l’épidémie, qui reste extrêmement limitée, rassure le professeur Kamal Marhoum El Filali, chef de service des maladies infectieuses du CHU de Casablanca. Toutefois, il est nécessaire de limiter au maximum les circulations de personnes. En bloquant les déplacements, nous arriverons peut-être à bloquer la propagation du coronavirus. »

Des discussions sont en cours au cas par cas avec d’autres pays pour permettre d’autres vols spéciaux, selon les informations obtenues par l’AFP à Rabat. Quelques avions sont déjà partis vers la France, la Belgique ou l’Algérie depuis la suspension des vols vers la France et d’autres pays européens, selon des informations concordantes.



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