le retour impossible des réfugiés syriens

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Des réfugiés syriens participent à une campagne de sensibilisation sur le coronavirus au camp de Zaatari (Jordanie) près de la frontière syrienne, le 11 mars.
Des réfugiés syriens participent à une campagne de sensibilisation sur le coronavirus au camp de Zaatari (Jordanie) près de la frontière syrienne, le 11 mars. MUHAMMAD HAMED / REUTERS

Il y a huit ans, une ville a poussé au milieu de nulle part. Quand la crise syrienne mettait des familles entières sur le chemin de l’exil, fuyant vers les pays voisins. La situation, que tout le monde croyait provisoire, est devenue permanente. Dans le nord-est de la Jordanie, Zaatari accueille près de 80 000 Syriens – dont la moitié d’enfants – dans le plus grand camp de réfugiés du Moyen-Orient, administré par les Nations unies et les autorités jordaniennes. Il y a ici trente-deux écoles, deux hôpitaux et, dans un camaïeu de gris et de blanc, 24 000 abris ou préfabriqués, à la tôle rouillée par l’humidité et essaimés sur un terrain que l’hiver a rendu boueux.

Les pas s’y enfoncent, salissant les bas de pantalon. Une allée principale – la seule goudronnée –, longue d’un kilomètre, abrite des bicoques où l’on achète son téléphone comme sa viande, des couches comme des robes de mariée. Cette rue commerçante était surnommée « Les Champs-Elysées ». Elle est devenue, depuis, « Sham Elysée », en référence au nom donné à la Syrie en arabe, reconstitué en miniature ici sous le patronage des grands bailleurs internationaux, ainsi que le rappelle la présence de leurs fanions en divers endroits du camp. La Syrie est à vingt kilomètres à peine, mais le retour n’est pas envisageable pour la majorité des réfugiés de Zaatari.

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« C’est un camp ouvert », insiste une représentante du Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR). Il faut un permis pour s’aventurer au-dehors, et des blindés de la gendarmerie sont déployés à la lisière. En huit ans, Abou Mohamad n’est sorti que deux ou trois fois. « Je n’ai rien à faire dehors », dit ce père de famille de 51 ans en s’affairant à cuire des galettes de pain dans la boulangerie qu’il a ouverte en 2014 à l’intérieur du camp, où sa vie se déroule comme en vase clos. L’essentiel des besoins des habitants peut y être satisfait. Il y a même un supermarché dans lequel les réfugiés payent en scannant l’iris de leurs yeux. Le HCR peut alors les identifier dans sa base de données biométrique et ponctionner directement l’assistance humanitaire dont ils bénéficient.

Il y aurait 1,4 million de Syriens installés dans ce pays de moins de 10 millions d’habitants. De tous les pays frontaliers de la Syrie, la Jordanie et le Liban sont ceux qui ont accueilli proportionnellement le plus grand nombre de Syriens. Le Liban dit accueillir 1,5 million de réfugiés syriens pour 5,9 millions d’habitants. Aucun de ces Etats ne possède de législation sur le droit d’asile. Dans un contexte de ralentissement économique régional, depuis le déclenchement de la crise syrienne en 2011, la situation des réfugiés n’a cessé de se dégrader. Les effets de la nouvelle crise liée au Covid-19 ouvrent des perspectives plus sombres encore.

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