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« Maudit soit le jour où je suis né. » Bachir (les prénoms ont été modifiés) est un homme fatigué. Courbé au-dessus de sa chaise, vêtu d’un jogging qui bouloche, ce Syrien de 57 ans, originaire de la province d’Idlib, est réfugié au Liban depuis huit ans déjà. A l’étroit dans un préfabriqué installé dans l’enceinte du consulat de France à Beyrouth, il raconte. Sa maison détruite par les bombardements, la fuite avec femme et enfants, les journées sans manger, les années sans nouvelles de ses frères et sœurs…
Au milieu de son récit, il demande l’autorisation de croiser les jambes, provoquant le désarroi de son interlocuteur, qui tâche depuis le début de l’entretien de le mettre à l’aise. Mais Bachir sait qu’il joue son avenir face à l’agent de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) qui décidera de lui accorder ou non l’asile en France.
En février et mars, des équipes de l’Ofpra ont réalisé des missions au Liban et en Jordanie au cours desquelles elles ont examiné la situation de près de 350 Syriens, présélectionnés dans ces deux pays par le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) pour bénéficier d’une réinstallation en raison de leur particulière vulnérabilité.
Bachir ne cesse de voir sa vie lui échapper. Il croyait trouver la sécurité en s’installant à Tripoli, dans le nord du Liban, mais un de ses fils, adolescent, y a trouvé la mort en 2014. Victime collatérale des affrontements entre les quartiers de Bab El-Tebbaneh (à majorité sunnite et anti-Assad) et de Jabal Mohsen (à majorité alaouite et pro-Assad), il a pris une balle perdue en plein cœur alors qu’il regardait la télévision dans l’appartement familial. C’est aussi à cette période que Bachir a dû arrêter de travailler, à cause de problèmes cardiaques. Alors, ses enfants ont délaissé l’école pour faire office de petites mains sur le marché aux légumes voisin pour 1 ou 2 euros par jour.
« Je n’ai pas pu payer pour l’opération »
« La réinstallation donne une perspective d’avenir aux réfugiés les plus vulnérables, défend le directeur général de l’Ofpra, Julien Boucher. La France s’est engagée à réinstaller 10 000 réfugiés sur son territoire entre 2020 et 2021, autant que sur la période 2018-2019. Les Syriens représentent la majorité d’entre eux. D’après le HCR, un peu plus d’un demi-million de Syriens, disséminés entre la Turquie, le Liban, la Jordanie, l’Irak et l’Egypte, auraient besoin d’être réinstallés.
A 42 ans, Ali, entendu par l’Ofpra en Jordanie, souffre par exemple de calculs rénaux et d’inflammation de la prostate, tandis que sa femme a une hernie discale et que sa fille doit subir une chirurgie des voies lacrymales. « Mais je n’ai pas pu payer pour l’opération », dit-il. Quant à Zéna et son mari Bilal, 59 et 68 ans, ils n’ont pas davantage les moyens d’aller chez un médecin à Amman. Si la France accueille ce couple, Bilal promet qu’il peut « apprendre la langue » – « J’ai été directeur d’école pendant quarante ans. » Zéna, elle, voudrait vivre « le plus près possible de la frontière allemande. » Les trois enfants du couple sont installés à Francfort et Essen depuis plusieurs années.
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