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Les policiers de l’agence anticriminelle slovaque l’ont baptisée « Opération tempête ». Mais vu l’ampleur de la vague d’arrestation qui a eu lieu, mercredi 11 mars, dans ce petit pays d’Europe centrale, il s’agit plutôt d’un tsunami. Treize juges, dont l’actuelle présidente par intérim de la Cour suprême, et une ancienne secrétaire d’Etat à la justice, ont été arrêtés au petit matin à leur domicile et accusés de « corruption, interférence avec l’indépendance des tribunaux et obstruction de justice ». Ils ont été déférés dans la foulée devant la Cour constitutionnelle, seule institution compétente pour valider les gardes à vue de magistrats dans le pays.
Une telle vague d’arrestation au plus haut niveau du système judiciaire est du jamais-vu dans l’histoire de la Slovaquie démocratique. A des degrés divers, tous ces magistrats ont été mis en cause, ces derniers mois, dans les médias locaux, pour leurs liens avec Marian Kocner. Ce puissant mafieux avait mis la Slovaquie sous sa coupe, jusqu’à commanditer l’assassinat d’un journaliste d’investigation, Jan Kuciak, en février 2018. Arrêté et mis en accusation pour meurtre, M. Kocner est désormais en plein procès.
Mais, au cours de leur enquête, les policiers ont acquis la conviction que cet homme d’affaires de 56 ans qui traînait depuis des années une réputation sulfureuse avait bénéficié de protections au plus haut niveau de l’Etat. Ils ont en effet réussi à décrypter son téléphone et mis la main sur des centaines de conversations que M. Kocner entretenait avec des magistrats, des responsables politiques et des journalistes via l’application de messagerie sécurisée Threema. Plusieurs de ces conversations ont été étalées dans les médias slovaques, choquant l’ensemble du pays.
« Elle va finir “à la Kuciak” »
Dans l’une d’entre elles, il demande par exemple à l’ex-secrétaire d’Etat à la justice, Monika Jankovska, de faire pression sur une magistrate pour qu’elle tranche un dossier en sa faveur. « Dis-lui de faire ce qu’il faut ou elle va finir “à la Kuciak” », lui avait notamment intimé le mafieux. M. Kuciak et sa compagne ont été abattus à leur domicile par deux hommes de main, payés 20 000 euros chacun. Mme Jankovska et cette juge font partie des treize magistrats arrêtés mercredi. De son côté, la présidente par intérim de la Cour suprême, Jarmila Urbancova, aurait transmis des informations à M. Kocner sur le traitement de l’un de ses dossiers.
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