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Après avoir longtemps donné le sentiment qu’elle était solidaire de l’armée birmane, même quand cette dernière fut accusée de « génocide » par les Nations unies, Aung San Suu Kyi est passée à l’offensive contre les militaires : son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), est engagé depuis des mois dans une joute parlementaire dont l’enjeu est la réduction des pouvoirs de l’armée, la redoutable Tatmadaw.
L’offensive a cependant tourné court, mardi 10 mars, quand des propositions de réforme constitutionnelle initiées par la NLD ont été rejetées à l’issue de débats marqués par une rare violence verbale entre parlementaires : 404 députés sur les 633 que compte la Chambre basse ont voté en faveur des réformes, un chiffre cependant inférieur à la majorité des trois quarts requise pour tout amendement à la Constitution.
Le résultat du vote était attendu : la NLD a beau disposer de la majorité des sièges depuis sa triomphale victoire aux élections législatives de 2015, elle est impuissante à se hisser à un seuil de voix aussi élevé, l’armée conservant un pouvoir de veto dans un Parlement où un quart des sièges lui est automatiquement réservé.
« Conséquences indésirables »
Combat perdu d’avance, ce défi lancé à l’armée avait en réalité pour but de montrer que la NLD se met en ordre de bataille à l’approche des prochaines élections du mois de novembre : Aung San Suu Kyi est entrée en campagne électorale.
Les amendements visaient à supprimer des articles qui sanctuarisent les pouvoirs de l’armée : ils proposaient précisément de réduire le quota de 25 % de sièges attribués aux militaires dans les deux chambres du Parlement, et d’établir un nouveau mode de désignation du commandant en chef des forces armées.
Les députés militaires, appuyés par la formation pro-armée, le Parti de la solidarité et du développement de l’Union (PSDU), ont rejeté les amendements proposés au motif que de tels changements auraient « des conséquences indésirables » qui affaibliraient la fragile « transition » vers la démocratie du pays, qui a été gouverné par une junte militaire entre 1962 et 2011.
L’actuelle Constitution avait été élaborée en 2008 par des généraux qui, même s’ils avaient affiché depuis quelque temps déjà leur intention de lancer le Myanmar (nom officiel de la Birmanie) sur « la route de la démocratie », entendaient garantir leur futur contrôle des affaires publiques. Et empêcher celle qui était à l’époque leur ennemie jurée, Aung San Suu Kyi, d’accéder au poste de chef de l’Etat.
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