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Tribune. L’accueil des touristes s’est imposé comme l’un des enjeux politiques des prochaines élections municipales. C’est le cas à Paris, où tous les candidats affichent une vision punitive du tourisme, promettant s’ils sont élus, un durcissement des restrictions faisant obstacle à son déploiement.
Dans d’autres villes françaises, les discours de campagne distinguent l’habitant du touriste, privilégiant le premier pour l’accès aux services urbains. Les dispositifs contraignants se généralisent partout dans le monde, si bien qu’Homo touristicus n’est plus le bienvenu partout où il souhaite se rendre.
Politiques, médias et professionnels évoquent désormais le tourisme de masse en des termes peu flatteurs : « Grande menace, mal du siècle, fléau, catastrophe, tourismophobie, destruction, plaie, surfréquentation, ville morte, disneylandisation, asphyxie ». Il serait à l’origine de beaucoup des maux actuels de nos sociétés urbaines : chute du nombre d’habitants, baisse du pouvoir d’achat, fermetures de commerces, gentrification touristique et muséification des centres-villes, pollutions diverses de sites culturels ou naturels, dérégulation et spéculation du marché immobilier, concurrence et conflits entre touristes et habitants, incivilités, dégradations et insécurité, émissions de gaz à effet de serre, dépendance des espaces au tourisme, développement d’une industrie du souvenir, etc.
Quotas, taxes, restrictions
Transports, hébergements et activités proposées sont, pour chaque destination, scrutés de près et publiquement condamnés, remettant en cause la mainmise de multinationales (plateformes locatives, compagnies aériennes « low cost » ou de croisières) jugées peu vertueuses, ainsi que la présence ou le comportement destructeur de millions de touristes. Par un glissement sémantique, c’est le secteur touristique dans son ensemble qui est désormais visé. Depuis son invention à la fin du XVIIIe siècle, le tourisme n’avait jamais fait l’objet d’autant de critiques.
L’industrie touristique, comme d’autres (agroalimentaire ou industrie extractive), ne flotte certes pas dans l’espace. Il s’ancre dans des territoires, à différentes échelles. Les touristes modifient et transforment l’espace qu’ils habitent, même temporairement. Certains des lieux les plus fréquentés par les touristes ont été érigés en véritable symbole des travers du tourisme.
C’est dans les sites (Machu Picchu, Everest, Taj Mahal, Uluru), les villes (Venise, Dubrovnik, Palma) ou les pays (Bhoutan, Nouvelle-Zélande, Islande) les plus demandés, qu’ont été imaginées les principales mesures anti-tourisme : fermetures, quotas de visiteurs et de nuitées, taxes, restrictions à la location par les plates-formes en ligne de type Airbnb, Booking.com ou HomeAway… La régulation du tourisme s’appuie sur des procédés contraignants, de mise à l’écart partielle ou d’exclusion totale et définitive des touristes.
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