« Communiquer sur le coronavirus, un défi en pleine crise de l’attention »

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Tribune. Lorsque éclate une crise de l’ampleur de celle de l’épidémie de Covid-19, restons-nous rationnels ? Sommes-nous prêts à entendre et à comprendre ce qui est réellement proféré, et non pas les propos que nous fantasmons ou que les « médias » sociaux falsifient ? Le risque est de voir l’utilisation néfaste des réseaux sociaux dans l’espace public faire muter nos démocraties d’opinion vers un modèle de démocratie de l’attention, dans laquelle les rapports sociaux violents deviennent la norme.

A longueur de débats entre experts médicaux, journalistes, responsables politiques et commentateurs, se forme un champ de bataille où s’affrontent deux équipes : la team rouge des « on veut nous faire peur », et la team bleue des « on nous cache tout, on nous manipule pour dissimuler des intérêts supérieurs ». Cette question est primordiale pour ceux qui pilotent la « communication sur les risques en situation d’urgence » : il s’agit de conserver la confiance des populations, alors qu’une émotion grandissante gagne les foules. Or, un trop plein d’émotions empêche la rationalité de prévaloir.

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Yves Citton, directeur de recherche au CNRS et auteur de L’Economie de l’attention. Nouvel horizon du capitalisme ? (La Découverte, 2014), explique que les questions attentionnelles sont au cœur des conflits sociaux parce que nos régimes d’attention sont intrinsèquement liés à nos régimes de valorisation. Il nomme cela un « cercle incestueux » : je fais attention à ce que j’ai appris à valoriser, et je valorise ce à quoi j’ai appris à faire attention. Nul besoin d’indiquer que notre santé, et notre survie, sont éligibles à cette dynamique circulaire de l’attention et de la valorisation.

« Cécité attentionnelle »

La crise financière de 2008 était due elle aussi, comme la plupart des bulles spéculatives qui se succèdent depuis le XVIIsiècle, à l’alignement des attentions (et des inattentions) sur certains indicateurs plutôt que sur d’autres, entraînant ce que l’on appelle des phénomènes de « cécité attentionnelle ». On concentre tellement son attention sur un phénomène précis qu’on rate quelque chose qui devrait pourtant nous sauter aux yeux, comme l’explique le statisticien Nassim Nicholas Taleb avec son concept de « cygne noir » (The Black Swan, Random House, 2007 ; Le Cygne noir. La puissance de l’imprévisible, Les Belles Lettres, 2011). A l’attention erratique de la société gorgée aux excès des réseaux sociaux s’ajoute la défiance de la population envers ses dirigeants : 57 % des Français pensent que le gouvernement « a caché certaines informations » sur le coronavirus (sondage IFOP/Illicomed, 2 mars 2020).

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