dans le nord de l’Italie, comment les habitants, confinés, gèrent le quotidien

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Dans la galerie commerçante Vittorio Emanuele II, à Milan, dimanche 8 mars.
Dans la galerie commerçante Vittorio Emanuele II, à Milan, dimanche 8 mars. ANTONIO CALANNI / AP

Afin de lutter contre la progression du coronavirus, Rome a ordonné le confinement de l’intégralité du pays et de ses 60 millions d’Italiens, lundi 10 mars. Le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, a ainsi étendu à toute l’Italie les mesures prises dimanche pour la Lombardie, la Vénétie et l’Emilie-Romagne, les trois régions les plus riches et les plus développées du pays. Situation « surréaliste » ou « incohérente », des résidents de ces trois régions du nord, parmi lesquels beaucoup de Français installés en Italie, racontent au Monde comment ils vivent ce confinement.

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« J’ai la sensation d’être prise au piège », résume Myriam, thérapeute et consultante en parentalité, qui habite à Milan depuis l’an 2000 avec son mari italien et leurs deux enfants. « “Surréaliste” c’est le mot qui revient dans les messages WhatsApp de mes proches en Lombardie », ajoute Laura, 52 ans, professeur de théâtre à Toulouse, dont toute la famille vit en Lombardie. Si Ettore, 49 ans, qui vit et travaille dans le secteur financier à Milan, raconte ne pas avoir vu de « véritables scènes de panique ou d’hystérie », il ajoute :

« Nous vivons une période étrange et unique en son genre. Tout le monde a l’impression d’être dans un film de science-fiction. »

Livraisons et e-learning

Si certains demandent aux médias de « cesser de jouer sur la peur », c’est pourtant ce que ressent Paola, 63 ans, qui habite à 30 kilomètres de Milan : « J’ai peur, surtout pour mes fils. » Retraitée depuis octobre 2018, elle garde tout de même espoir : « On a vaincu [le terrorisme] et sera la même chose pour le coronavirus. »

Mais c’est surtout la gestion du quotidien qui préoccupe les habitants. « Cela fait maintenant plus de quinze jours que les enfants ne vont plus à l’école », reprend Myriam. De son côté, Fabrice est en mission à l’étranger et sa femme est seule à la maison avec leurs trois enfants : « Nous nous faisons livrer les courses à domicile une fois par semaine et ma femme s’est mise à faire le pain pour éviter les contacts à la boulangerie. » Il maintient le contact avec eux par Skype, et son fils aîné « découvre l’e-learning mis en place par l’école ».

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Anne, 39 ans, chercheuse en sociologie, précise que « chaque école s’organise individuellement, il n’y a aucune décision nationale et encore moins d’organisme comme le CNED [Centre national d’enseignement à distance]. Du coup, dans certains cas cela fonctionne bien, dans d’autres pas du tout ». Pour elle, « la gestion de la crise est très chaotique et très peu pédagogique » et « l’Italie en sortira très marquée ».

Des Milanais à la sortie d’un centre commercial, dimanche 8 mars, après l’annonce des mesures de confinement.
Des Milanais à la sortie d’un centre commercial, dimanche 8 mars, après l’annonce des mesures de confinement. MIGUEL MEDINA / AFP

Sur le plan professionnel aussi, le « système D », et le cas par cas l’emportent. Malgré les recommandations concernant les déplacements, son employeur oblige Giuliana, une Française de 27 ans qui vit depuis cinq ans en Italie, à venir travailler, même si sa fonction lui permet de faire du télétravail. « Les ressources humaines veulent nous faire signer un document attestant que nous nous déplaçons par nécessité liée à notre emploi, ce qui est faux. » Armando confirme que le confinement peut se contourner, au moyen d’une attestation, permettant de se déplacer pour des « besoins professionnels avérés ».

Kaïs, à la tête d’un grand groupe à Milan, s’inquiète :

« En tant que chef d’entreprise, je garde ma société ouverte, mais j’encourage mes équipes à travailler depuis la maison. Pour l’instant, nous pouvons continuer à assurer nos livraisons, mais je ne pense pas que cela soit tenable plus de deux mois. »

Continuer à vivre

Entre l’arrivée de l’épidémie dans le pays, fin janvier, la mise en place des premières restrictions et jusqu’au confinement de toute l’Italie, les résidents voient aussi une évolution dans la manière dont la situation est appréhendée. A l’instar de Virginie, enseignante en Lombardie :

« Après un premier moment qui a poussé les gens à se précipiter dans les pharmacies à la recherche de masques et dans les supermarchés, la situation s’est calmée [grâce] aux infirmiers, pharmaciens, docteurs, enseignants… qui ont pris la relève pour informer clairement et sans angoisser les habitants de la région. »

Même constat pour Corinne Blanché, 64 ans, qui vit à Milan : « Les magasins veillent maintenant à contingenter le nombre de personnes à l’intérieur et au maintien d’un mètre de distance entre les uns et les autres. » Et puis la vie continue, à quelques ajustements près. « Si la vie nocturne est maintenant inexistante – puisque bars et restaurants doivent fermer à 18 heures –, hier dans l’après-midi, sous le soleil, le parc Sempione était plein, comme d’habitude », relate Corinne Blanché.

Infographie Le Monde



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