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Editorial du « Monde ». Si l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tergiverse pour qualifier l’épidémie de Covid-19 de pandémie, si le gouvernement français hésite à passer du stade 2 au stade 3 de son plan de lutte pour endiguer la propagation de la maladie, sur le plan économique, l’heure n’est plus aux atermoiements. Entre l’effondrement des cours du pétrole, la chute brutale des places boursières, le plongeon du commerce mondial, la disparition subite de la demande dans des pans entiers de l’économie, il est urgent de se préparer à ce que les Anglo-Saxons appellent la perfect storm, c’est-à-dire la « grande tempête », celle capable de tout emporter sur son passage.
On imaginait que le danger viendrait de la dégénérescence de la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, des tensions géopolitiques au Moyen-Orient ou de l’éclatement de bulles spéculatives. Finalement, c’est un virus importé de Chine qui risque de faire entrer l’économie mondiale dans une période de fortes turbulences.
En Europe, le poumon économique de l’Italie, troisième PIB de la zone euro, est déjà en grande difficulté. Le premier, l’Allemagne, qui flirte depuis plusieurs trimestres avec la récession, pourrait basculer pour de bon. La France, qui faisait jusqu’à présent bonne figure par rapport à ses voisins en termes de croissance, aurait tort de se croire à l’abri.
La BCE a déjà tiré l’essentiel de ses cartouches
L’Europe ne doit pas reproduire les erreurs passées. Lors de la crise financière de 2008 ou de celles des dettes souveraines en 2011, la zone euro a payé cher ses valses-hésitations à intervenir massivement et urgemment pour éteindre l’incendie. Cette fois, le Vieux Continent doit impérativement méditer la phrase du général MacArthur : « Les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard. »
Les yeux se tournent une fois de plus vers la Banque centrale européenne (BCE). Mais il ne faut pas attendre de miracles du conseil des gouverneurs, qui se réunit jeudi 12 mars. Confrontée à une croissance et à une inflation atones, la banque centrale a déjà tiré l’essentiel de ses cartouches. Pousser un peu plus ses taux directeurs en territoire négatif n’aura que peu d’impact sur l’appétence des entreprises à investir et des ménages à consommer, dans un moment où les uns et les autres ne savent pas de quoi demain sera fait.
La tempête qui se lève n’a rien à voir avec celle de 2008, qui avait touché le système financier au cœur. Cette fois-ci, il s’agit de se donner les moyens de surmonter un cap difficile, mais pas insurmontable, car a priori passager. A condition que les Etats membres de l’Union européenne se coordonnent et restent solidaires. Les aides décidées jusqu’à présent de façon disparate font figure de traitement homéopathique. L’Europe a besoin d’un traitement de choc.
Celui-ci passe par un assouplissement des règles qui encadrent les aides d’Etat, l’exclusion des mesures liées au coronavirus du calcul des déficits nationaux, des mesures puissantes de soutien aux PME, que doivent proposer la BCE et la Banque européenne d’investissement (BEI). L’essentiel consiste à préserver la continuité des entreprises et des emplois en attendant l’amélioration de la situation sanitaire.
Au regard de la panique qui s’est emparée des marchés financiers, les réponses politiques, à ce stade, ne semblent pas être à la hauteur des enjeux. Si l’Europe n’est pas capable de faire preuve de plus de témérité et de coordination, les séquelles du Covid-19 risquent d’être profondes et douloureuses.
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