Le Royaume-Uni surjoue l’optimisme dans les négociations du Brexit

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Analyse. Quand les informations manquent, les journalistes bruxellois en sont souvent réduits à décrire le menu des réunions au sommet. On a donc appris, grâce au Daily Telegraph, que David Frost, le négociateur de Boris Johnson, a commencé sa journée, lundi 2 mars à Bruxelles, par un « full English breakfast », avec « des saucisses, des haricots, du bacon et des œufs », juste avant de rejoindre, à la tête d’une énorme délégation (100 experts), son alter ego européen, Michel Barnier, dans l’un des étages de la Commission européenne. Les Britanniques portaient tous un badge aux couleurs de l’Union Jack pour ce premier jour des négociations de la relation future entre l’Union européenne (UE) et le Royaume-Uni.

Ces anecdotes peuvent faire sourire, elles disent cependant beaucoup de l’état d’esprit à Londres. Les équipes sont regonflées à bloc, pleines d’optimisme, ne ratent pas une occasion de célébrer la « souveraineté retrouvée » de leur pays. En face, les Européens paraissent plus déprimés que jamais, incapables de s’entendre sur leur budget commun et confrontés à une nouvelle crise migratoire.

Boris Johnson a remporté une victoire inespérée aux élections générales de décembre 2019. Il dispose d’une majorité conservatrice historique à la Chambre des communes et a fait le ménage dans son cabinet, ne gardant que des Brexiters dociles et convaincus, sincèrement persuadés que leur pays, libéré des contraintes communautaires, va enfin pouvoir voguer vers un avenir radieux.

Une équipe prête

Dans un discours habile et brutal, prononcé à Bruxelles le 17 février, David Frost a tenté de théoriser cet état d’esprit : l’UE fut une révolution mais appartient au passé ; l’avenir est aux nationalistes et aux Brexiters. Partant d’une description biaisée de l’Union, qui aurait supposément privé ses membres de leur souveraineté, le diplomate prétend que « nous allons disposer d’un avantage considérable sur l’UE : la possibilité d’établir nos propres règles, d’évoluer plus rapidement que l’UE ne peut le faire, sur de nouveaux secteurs, en nous fondant sur des bases scientifiques, pas sur la peur de l’avenir ».

Cette assurance lui suffira-t-elle pour imposer ses vues à Bruxelles ? Non, évidemment : la négociation sera difficile, mais elle devrait quand même être bien plus équilibrée que celle du divorce, qui a vu Londres abandonner progressivement toutes ses prétentions. Une photographie résume la position des troupes côté britannique, quand Theresa May était à Downing Street. Sur ce cliché datant de juillet 2017, David Davis, le ministre du Brexit d’alors, fait face à Michel Barnier, dans le bureau de ce dernier. Ils inaugurent une de leurs premières séances de négociation. Le Français a disposé une pile de dossiers devant lui, M. Davis ne tient même pas une feuille A4 en main. Le message subliminal est redoutable : les Européens ont potassé leur sujet, les Britanniques sont venus à Bruxelles en amateurs.

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