Deux présidents investis le même jour en Afghanistan

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« Je ne porte pas de gilet pare-balles, seulement ma chemise, et je resterai même si je dois y laisser ma tête ! », a déclaré le président afghan Ashraf Ghani, lundi 9 mars.
« Je ne porte pas de gilet pare-balles, seulement ma chemise, et je resterai même si je dois y laisser ma tête ! », a déclaré le président afghan Ashraf Ghani, lundi 9 mars. Rahmat Gul / AP

La capitale afghane, Kaboul, a été le théâtre, lundi 9 mars, à quelques minutes près, de deux prestations de serment pour la même fonction, celle de président de la République islamique d‘Afghanistan. Les ambassadeurs en poste en Afghanistan et le chef des forces américaines et de l’OTAN ont néanmoins préféré assister, à 15 heures, à celle actant la réélection d’Ashraf Ghani, président sortant, à la tête du pays.

La commission électorale, après un long dépouillement et de nombreux recours, avait annoncé, le 18 février, sa victoire avec 50,64 % des voix. Le scrutin s’est tenu le 28 septembre. Son principal concurrent, Abdullah Abdullah, chef de l’exécutif, numéro deux du régime, a dénoncé des fraudes et a également revendiqué la première place en organisant sa propre cérémonie dans une autre aile du palais présidentiel.

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Alors que M. Ghani, la tête couverte d’un long turban blanc, prononçait son discours, le bruit d’explosions a saisi toute l’assistance. Il provenait de quatre roquettes lancées d’un système contenant dix tubes installés dans une voiture garée à l’entrée de la zone verte et commandés à distance, sans faire de dégâts. Après quelques secondes de flottement, l’orateur est resté sur l’estrade et le public a suivi son exemple.

« Je ne porte pas de gilet pare-balles »

Seul l’ambassadeur des Etats-Unis a été évacué. M. Ghani a assuré : « Je ne porte pas de gilet pare-balles, seulement ma chemise, et je resterai même si je dois y laisser ma tête ! (…) Je jure de protéger l’islam et de respecter et de superviser l’application de la Constitution. » Pour sa part, M. Abdullah a indiqué : « Le peuple afghan m’a confié une énorme responsabilité, et je suis déterminé à [le] servir. »

Le chaos institutionnel apparaît aujourd’hui total alors que le processus de paix enclenché, le 29 février, avec l’accord de Doha entre les Américains et les talibans afghans promettait l’ouverture, mardi 10 mars, de négociations interafghanes en guise de préambule à un retrait complet des troupes étrangères d’ici quatorze mois.

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Ce scénario reflète aussi la crise politique dans laquelle le pays est plongé depuis le précédent scrutin présidentiel en 2014. Déjà à l’époque, les deux mêmes protagonistes avaient affirmé l’avoir emporté et seule une médiation américaine les avait contraints à accepter un gouvernement d’unité nationale qui a fait long feu.

Spectacle politique désolant

Jusqu’au dernier moment, les Etats-Unis ont tenté d’éviter ce spectacle politique désolant qui ne présage rien de bon alors que le pouvoir de Kaboul et les principales forces politiques du pays sont censés, selon l’accord de Doha, se présenter unis face à la délégation talibane pour dessiner les contours d’un pays réconcilié. Des négociations avaient encore lieu lundi aux premières heures de la matinée et M. Ghani a repoussé à deux reprises l’heure de sa prestation de serment. En vain. Résultat, lundi soir, plus aucune autorité ne parlait de lancer, mardi, les pourparlers de paix interafghans.

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