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Très exposé à l’épidémie en raison de sa proximité avec la Chine, et du grand nombre de Taïwanais qui résident sur le continent, le pays de 23,5 millions d’habitants ne compte que quarante-deux infections, et un seul mort, pour 12 582 personnes testées. Une performance, pas seulement due à l’insularité : Taïwan se targue d’avoir très vite mis en place des mesures de détection et de traçabilité. Les Chinois du continent ont été interdits de séjour à partir du 6 février, tandis que les voyageurs non chinois ayant été en Chine, à Hongkong et à Macao se voient imposer le confinement à domicile.
« Taïwan a pris l’épidémie très au sérieux dès le début, car nous sommes entièrement exclus de l’Organisation mondiale de la santé [OMS] et avions l’expérience du SRAS [syndrome respiratoire aigu sévère] en 2003, qui avait directement touché des hôpitaux », explique au Monde Fang Chi-tai, professeur de l’Institut d’épidémiologie et de médecine préventive de la National Taiwan University.
A l’époque du SRAS, en 2003, le confinement de malades et de soignants dans un hôpital de Taipei devenu un « cluster » (foyer) provoqua un psychodrame national. Taïwan institua l’année suivante un mécanisme de « commandement unifié » en cas d’épidémie – celui-ci a été activé le 20 janvier 2020. Il est dirigé par l’actuel ministre de la santé, Chen Shih-chung, devenu depuis l’une des personnalités politiques les plus populaires du pays. « La clé, c’est que ce centre de commandement est transsectoriel, il implique les transports, les douanes, l’éducation, poursuit le professeur Fang. Les mesures de confinement sont une bonne stratégie. Mais si c’est trop strict, cela peut échouer : en Chine, des gens ont eu peur de se déclarer, ils n’ont pas confiance et ne savent pas ce qui va leur arriver s’ils le font. Ici, il s’agit de confiner en respectant les droits des personnes », ajoute-t-il.
Le boycottage bienvenu des touristes chinois
Le 24 janvier, le gouvernement a décidé d’interdire l’exportation de masques, d’en réquisitionner pour le personnel médical et de lancer soixante nouvelles lignes de production, tout en rationnant leur distribution : deux masques par citoyen et par semaine. Le système de carte d’assurance médicale, l’équivalent de la carte Vitale, a également été adapté pour permettre au personnel médical d’accéder provisoirement aux données de passage des frontières.
En 2003, le SRAS avait touché 345 personnes et fait 37 morts. Le ministre de la santé à l’époque du SRAS, l’épidémiologiste Chen Chien-jen, est aujourd’hui vice-président du pays. Dans un entretien récent au quotidien japonais Sankei, M. Chen a expliqué avoir très tôt compris que le virus se transmettait d’homme à homme, dès « tout début janvier » – du fait que des soignants en Chine semblaient avoir été infectés. Le gouvernement chinois ne l’a annoncé que le 20 janvier, tout comme l’OMS, qui s’est ainsi « privée de l’expertise de Taïwan ».
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