La mort du père Ernesto Cardenal, prêtre et ex-ministre du Nicaragua

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Le père Ernesto Cardenal, chez lui à Managua (Nicaragua), en août 2008.
Le père Ernesto Cardenal, chez lui à Managua (Nicaragua), en août 2008. Esteban Felix / AP

La scène fera le tour du monde. Un jour de mars 1983, sur le tarmac de l’aéroport de Managua, le ministre de la culture du Nicaragua tombe à genoux devant Jean Paul II en visite dans le pays et attend sa bénédiction. Elle ne viendra jamais. Au contraire, le pape dresse un doigt vengeur devant ses yeux et lui demande de se « réconcilier d’abord avec l’Eglise ». Car ce ministre de la culture, le père Ernesto Cardenal, est d’abord un prêtre et même un poète. Figure de la révolution sandiniste et de la théologie de la libération, il est mort le 1er mars à Managua, à l’âge de 95 ans.

Son éternel béret noir de guérillero en fait le symbole d’un mélange explosif entre l’ecclésiastique et le révolutionnaire. Né le 20 janvier 1925 dans une famille aisée de Granada, sur les rives du lac Nicaragua, le jeune Ernesto Cardenal étudie la littérature à Managua, à Mexico, puis voyage aux Etats-Unis et en Europe. De retour dans son pays, il participe, en 1954, au premier coup d’Etat sandiniste contre le gouvernement dictatorial d’Anastasio Somoza. L’opération échoue et il doit s’enfuir aux Etats-Unis dans un monastère du Kentucky, où il devient le novice du moine cistercien-trappiste Thomas Merton.

« Prêtre rouge »

Ernesto Cardenal est ordonné prêtre en 1965. Il fonde une communauté dans les îles Solentiname – un archipel au milieu d’un lac – pour apprendre aux paysans et pêcheurs locaux à peindre et écrire comme lui de la poésie. Son Evangile de Solentiname (1966) est le récit de cette utopie sociale qu’il conjugue avec la lutte révolutionnaire. En 1979, la dynastie Somoza s’effondre sous les coups des guérilleros. Le prêtre Ernesto Cardenal devient ministre de la culture au sein du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), dirigé par Daniel Ortega. Son frère Fernando (1934-2016), également prêtre et jésuite, est ministre de l’éducation.

Mais les « prêtres rouges » sont mal vus à Rome. Jean Paul II, d’origine polonaise, n’admet ni la « politisation » du clergé, ni la théologie de la libération, suspectée de collusion avec le marxisme, ni les « communautés ecclésiales de base », ces lieux d’éducation populaire, de catéchèse et de lutte contre les injustices. Dès 1984, la Congrégation pour la doctrine de la foi, dirigée à Rome par le cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, somme les deux frères Cardenal, ainsi que Miguel D’Escoto Brockmann (1933-2017), prêtre et ministre des affaires étrangères à Managua, de choisir entre leur sacerdoce et leur participation au gouvernement.

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