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Rarement tant de boue aura été remuée dans les derniers jours d’une campagne israélienne. Les chaînes de télévision n’ont cessé de diffuser des enregistrements clandestins nauséabonds jusqu’à la veille des élections législatives, lundi 2 mars, les troisièmes en un an.
Le président israélien, Reuven Rivlin, issu de la vieille garde du Likoud, a déploré une campagne « sale et lamentable ». En se rendant aux urnes, il a affirmé n’avoir « qu’un sentiment de profonde honte ». Il tâche d’élever le débat en regrettant le blocage politique dans lequel Israël s’est enlisé depuis le premier scrutin d’avril 2019 : « Nous ne méritons pas cette instabilité sans fin », estime-t-il.
Dimanche soir, la 12e chaîne a publié une bande audio, dans laquelle elle affirme que le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, discute avec un rabbin, Guy Habura, de révélations nuisibles à son principal rival, Benny Gantz. Cette conversation aurait eu lieu peu avant la diffusion par la même chaîne, le 27 février, d’un premier enregistrement clandestin impliquant le rabbin Habura. L’homme de foi avait recueilli les doutes du principal stratège de la campagne de M. Gantz sur la force de caractère de son patron.
Ce proche collaborateur de M. Gantz, Israël Bachar, s’était longuement confié au rabbin sur une affaire personnelle. Les deux hommes avaient également parlé, ici et là, de politique. M. Bachar estimait que M. Gantz, ancien chef d’état-major de l’armée, était « un danger » pour le pays. « Il n’a[urait] pas le courage d’attaquer l’Iran », le jour où ce choix s’imposerait à lui, craignait-il. Ce transfuge de la droite nationaliste a pourtant joué un rôle de premier plan pour lancer la carrière politique de Benny Gantz, il y a un an. Il a été renvoyé immédiatement.
« Méthodes mafieuses »
Son mouvement, Bleu et Blanc, a accusé le premier ministre d’avoir orchestré ces révélations, dénonçant « des méthodes mafieuses. » M. Nétanyahou n’avait-il pas participé peu avant aux côtés du rabbin à un meeting, dans une yeshiva de Tel Aviv, organisé par l’un de ses avocats ? Samedi, M. Nétanyahou a assuré n’avoir jamais rencontré ce religieux. Or, le nouvel enregistrement publié dimanche le contredit.
On peut y entendre le rabbin Habura et son entourage promettre au premier ministre que la voix du stratège de M. Gantz serait bien audible, sans distorsion, dans la bande qui serait effectivement diffusée. M. Gantz s’est empressé de dénoncer « une ignoble campagne de haine » de la part de son rival. De leur côté, des proches du premier ministre ont relancé une vieille rumeur, selon laquelle les autorités iraniennes détiendraient une « sextape » du général, après avoir hacké son téléphone.
Il n’est pas assuré que les électeurs de M. Nétanyahou lui tiennent rigueur de cet épisode. Les coups sont bas, mais ils portent. Ils renvoient M. Gantz aux accusations de faiblesse qu’il peine à esquiver depuis un an. Samedi, la chaîne 12 a diffusé un troisième enregistrement, cette fois-ci d’un proche de M. Nétanyhaou, Nathan Eshel, dans lequel il assume de tirer la campagne vers le bas. « La haine est ce qui unit notre camp », affirme ce conseiller.
Une infime dynamique en faveur du Likoud
M. Eshel estime que le procès de M. Nétanyahou pour corruption, fraude et abus de confiance, dans lequel il doit comparaître pour la première fois le 17 mars, n’a pas entamé sa côte de popularité, notamment auprès de son électorat « non ashkénaze ». Il se félicite au passage d’avoir su « fouetter » les sentiments haineux qu’il attribue à ces partisans.
« Si tu n’as pas volé, pourquoi exactement es-tu entré en politique ?, demande-t-il. Nous avons vérifié ça. Et à ma grande surprise, ils [le public] ne comprennent pas cette notion d’entrer en politique pour faire ce qui est bon pour la nation. Tu y vas pour voler et tu dois être un homme. » M. Eshel a affirmé que ses propos avaient été présentés hors de leur contexte.
Les derniers sondages avant le scrutin signalent une infime dynamique en faveur du Likoud, qui demeure dans la marge d’erreur des sondeurs. Depuis dimanche, M. Nétanyahou se veut optimiste : il ne manquerait à son « bloc » de droite qu’un siège pour s’imposer enfin, plus d’un an après l’évaporation de sa majorité.
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