Le difficile exercice du journalisme à l’agence Bloomberg

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Michael Bloomberg au Buffalo Soldiers National Museum de Houston, le 13 février.
Michael Bloomberg au Buffalo Soldiers National Museum de Houston, le 13 février. David J. Phillip/AP/SIPA

Le patron avait prévenu : « Je ne veux pas que les journalistes que je paye écrivent des articles négatifs sur moi. Je ne veux pas qu’ils soient indépendants. » L’avertissement, lancé il y a plus d’un an, avait le mérite d’être clair. Mais, en décembre 2019, Michael Bloomberg, qui entre-temps s’est porté candidat à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle américaine, a tenu à préciser sa pensée. Le fondateur et propriétaire de Bloomberg LP, qui possède entre autres activités l’agence de presse éponyme, a jugé sur CBS News que « recevoir un salaire supposait des restrictions et des responsabilités ».

Des consignes « restrictives et responsables » ont donc été fournies aux 2 700 journalistes de l’agence, dont les nouvelles recrues reçoivent immanquablement un exemplaire de l’autobiographie du boss, Bloomberg par Bloomberg (édition Village mondial, 2000). Dans un mémorandum, le rédacteur en chef de Bloomberg News, John Micklethwait, leur a signifié que l’agence ne produirait aucune « enquête de fond » sur le candidat Bloomberg ou l’un de ses rivaux démocrates. Une ligne rouge qui, pour l’heure, ne s’applique pas à l’adversaire républicain, Donald Trump, fonction présidentielle oblige.

« Il est inutile de prétendre que couvrir cette campagne sera chose facile. » John Micklethwait, rédacteur en chef de Bloomberg News

« Il est inutile de prétendre que couvrir cette campagne sera chose facile », a reconnu le rédacteur en chef. « Nous décrirons les propositions politiques des candidats et leurs conséquences. Nous publierons des sondages, nous suivrons leurs campagnes, y compris celle de Mike, comme lorsqu’il était maire de New York [2002-2013]. » À l’époque, déjà, les reporters avaient été priés de ne jamais être à l’origine d’articles gênants sur Bloomberg LP. Tout juste leur était-il permis de reprendre les informations parues chez leurs confrères. Interdit aussi d’évoquer la richesse ou la vie privée de leur patron, actuel neuvième homme le plus riche au monde avec une fortune estimée à plus de 64 milliards de dollars, selon le magazine Forbes. Un comble pour une agence de presse spécialisée dans l’information financière.

Savantes contorsions et touchantes justifications

Aujourd’hui, ces recommandations, particulièrement frustrantes pour les journalistes politiques, amènent l’agence à de savantes contorsions et les reporters à de touchantes justifications. Le site d’information publie une liste impressionnante et régulièrement mise à jour des articles parus sur tous les candidats démocrates, y compris M. Bloomberg. Où l’on apprend que 9 % des articles publiés sur la campagne présidentielle concernent le patron. La plupart exposent de la manière la plus neutre qui soit les axes de campagne de M. Bloomberg ou rappellent l’ampleur des sommes, exorbitantes, qu’il consacre à sa campagne. De manière inédite, le milliardaire autofinance sa campagne et a déjà dépensé près de 500 millions de dollars pris sur ses deniers personnels pour payer ses publicités politiques.

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