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Le grand manipulateur a été manipulé : Mahathir Mohamad, 94 ans, avait démissionné de son poste de premier ministre de Malaisie la semaine dernière, après qu’un complot, plus ou moins ourdi par lui-même, eut échappé à son contrôle. Mais le « Docteur M » a été trahi par l’un de ses proches, l’ancien ministre de l’intérieur Muhyiddin Yassin : le roi de la Fédération malaisienne, dont le système est calqué sur celui de l’ancien colonisateur britannique, a demandé à Muhyiddin, dimanche 1er mars, de former un nouveau gouvernement.
La semaine que vient de traverser la Malaisie mérite d’être classée au Livre Guinness des records des retournements de veste, trahisons, recompositions d’alliances et autres reconstitutions de ligues dissoutes. Tout avait commencé, il y a une huitaine de jours, par une conjuration emmenée par des proches de M. Mahathir, dont M. Muhyiddin : le but de l’opération était de barrer la route du pouvoir à un certain Anwar Ibrahim, tout à la fois rival et allié du premier ministre. Car Mahathir aurait dû bientôt, selon un accord tacite passé entre les deux hommes, s’effacer au bénéfice de M. Anwar.
Les relations, complexes, entre ces deux personnages, réconciliés depuis la victoire de leur coalition politique aux élections de 2018, s’étaient détériorées : l’ancêtre Mahathir ne voulait plus passer le relais au « jeune » Anwar, 72 ans, comme il s’y était engagé deux ans plus tôt. Mais quand celui qui était encore chef de gouvernement s’est aperçu que ses alliés étaient en train d’œuvrer pour donner naissance à une coalition composée de l’Organisation nationale de l’unité des Malais (UMNO), le parti de l’ancien premier ministre Najib Razak, débouté lors du dernier scrutin, Mahathir Mohamad déclara : « Pas question ! » Il démissionna.
Une motion de censure au programme
M. Najib est actuellement jugé dans une affaire de corruption dépassant l’entendement : plusieurs milliards de dollars auraient été siphonnés du fonds souverain 1Malaysia Development Berhad (1MDB) lorsqu’il était au pouvoir. Pour Mahathir, qui fut l’instigateur de l’éviction de l’UMNO, il y a deux ans, il était inconcevable de se rallier à l’« ancien régime ».
S’ensuivirent des jours mémorables, durant lesquels chaque demi-journée, ou presque, apportait son lot d’événements plus ou moins fracassants. Les caciques de l’Alliance de l’espoir, la coalition au pouvoir incluant les partis de MM. Mahathir et Anwar, déclarèrent, successivement, leur soutien aux deux hommes. La crise profite à un troisième homme. Car Muhyiddin, le futur nouveau premier ministre, tentait pendant ce temps de rallier un maximum de députés de l’Assemblée nationale. Avec l’aide du ministre de l’économies ortant, Azmin Ali, désormais dénoncé comme un « traître » par M. Anwar puisqu’il était membre de sa formation, le Parti de la justice du peuple (PKR).
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