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EnquêteLe candidat à la primaire démocrate revendique un « socialisme démocratique » et dit s’inscrire dans l’héritage de Roosevelt et de son New Deal. A la veille du vote crucial du « Super Tuesday », mardi 3 mars, il est en tête de la course à l’investiture.
Lorsque Stephanie Kelton, économiste hétérodoxe, rencontra pour la première fois Bernie Sanders, en 2015, celui-ci lui demanda : « Que feriez-vous à ma place ? » « Mettre en place la charte des droits économiques de Franklin D. Roosevelt », lui répondit la professeure, alors enseignante à l’université de Kansas City, qui nous reçut en 2019.
Bernie Sanders n’était alors pas tout à fait un inconnu, sénateur indépendant du Vermont, qui s’apprêtait à mettre en grande difficulté Hillary Clinton pendant la primaire démocrate pour l’élection de 2016. L’Economic Bill of Rights, c’est le testament du père du New Deal, cette « nouvelle donne » qui aida, à partir de 1933, à sortir l’Amérique de la terrible crise de 1929. Radiodiffusé en janvier 1944 – de retour de la conférence de Téhéran (qui avait réuni Churchill, Roosevelt et Staline du 28 novembre au 1er décembre 1943), le président Roosevelt (1882-1945) était trop malade pour se déplacer au Capitole –, ce discours sur l’état de l’Union invitait l’Amérique à ajouter des droits économiques (salaire décent, éducation, logement, retraite, santé, etc.) aux droits politiques garantis par les premiers amendements de la Constitution (liberté d’expression, de religion, de la presse…).
Réaliser le rêve économique de Roosevelt
« Ces droits politiques se sont avérés inadéquats pour nous assurer l’égalité dans la poursuite du bonheur, but proclamé par la déclaration d’indépendance de 1776, déclarait Roosevelt. La vraie liberté individuelle ne peut pas exister sans indépendance et sécurité économiques. » Un testament que reprit à son compte Bernie Sanders en 2015 puis en juin 2019, lors d’un discours à l’université George-Washington pendant lequel il cita longuement Roosevelt. « Nous devons reconnaître qu’au XXIe siècle, dans le pays le plus riche de l’histoire du monde, les droits économiques sont des droits humains. C’est ce que je veux dire par socialisme démocratique », argumente Sanders.
A 78 ans, le champion de la gauche américaine dans la primaire démocrate de 2020 – qui verra ou pas son avance se confirmer le 3 mars, lors du « super-mardi » (Super Tuesday), jour de vote pour 14 Etats américains et deux territoires associés – peut ainsi dérouler son programme comme étant la réalisation du rêve économique de Roosevelt : nationalisation de l’assurance-maladie, annulation de la dette étudiante, gratuité du premier cycle universitaire, doublement du salaire minimum à 15 dollars, droit à un emploi fédéral, enfin « green New Deal » pour sortir des énergies carbonées dans les transports et l’électricité d’ici dix ans. Cet ancrage historique est décisif dans la stratégie de Sanders, qui lui permet de gérer son étiquette socialiste et de légitimer son programme et sa méthode.
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