Président Trump, an IV : l’ennemi insaisissable

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Le président Donald Trump a donné une conférence de presse à la Maison Blanche, le samedi 29 février.
Le président Donald Trump a donné une conférence de presse à la Maison Blanche, le samedi 29 février. Carolyn Kaster / AP

L’heure est à ce point grave que Donald Trump a utilisé deux fois en une semaine la salle de presse de la Maison Blanche. Un record. Le président des Etats-Unis est réputé pour sa phobie des microbes et le voici confronté à un virus mondialisé qui a produit le pire décrochage de Wall Street depuis 2008. Un drame pour un homme qui n’a cessé d’indexer sa présidence sur la hausse annoncée des indices boursiers.

Donald Trump a réagi rapidement avec les réflexes de celui qui croit en une Amérique forteresse qu’on peut isoler des influences extérieures, forcément néfastes. Il s’est vanté de son esprit de décision qui l’avait conduit le 31 janvier à interdire l’entrée du territoire aux ressortissants étrangers en provenance de l’épicentre de l’épidémie, la Chine, regrettant qu’il n’ait pas été salué à sa juste mesure. Mais voici que l’ennemi est désormais dans la place.

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Cette épidémie, dont il faut souhaiter qu’elle soit rapidement contenue, constitue un défi pour Donald Trump en ce qu’elle le contraint à faire ce qu’il refuse chaque fois qu’il en a l’occasion : gouverner, égrener les mauvaises nouvelles, sortir du pilotage automatique qui consiste à accabler pour toute chose ses prédécesseurs, les démocrates, ou encore mieux ses prédécesseurs démocrates.

Une relation torturée avec la réalité

Donald Trump aime les victoires rapides et les mises en scène appuyées, pas la grisaille des listes de personnes contaminées, pas la gestion qui passe par la résilience plutôt que par le coup d’éclat. Et le président qui informe la nation avec gravité dans le décor institutionnel de la salle de presse prévue à cet effet, cohabite avec le tribun de meeting qui peut accuser quelques heures plus tard son opposition et les médias forcément complices de collaboration avec l’ennemi insaisissable, évidemment dans le but de lui nuire à lui, sans que le sort des Américains ne soit même évoqué.

Donald Trump est fragilisé par trois ans de dédain pour les budgets des services de santé qu’il trouve désormais formidables, mais qu’il aurait pourtant voulu sérieusement réduire si le Congrès ne s’y était opposé. Ce président, qui découvre aujourd’hui qu’on meure beaucoup de la grippe dans un pays où la santé n’est pas égale pour tout le monde, paie aussi de son mépris les sciences tenues à la lisière de sa présidence lorsqu’elles n’abondent pas dans son sens, comme en matière de réchauffement climatique.

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Il souffre aussi de sa relation torturée avec la réalité lorsque cette dernière résiste au grand récit présidentiel. L’épisode de l’ouragan Dorian, en septembre, et la mobilisation de l’Etat fédéral tout entier pour accréditer a posteriori la thèse présidentielle selon laquelle l’Etat de l’Alabama aurait été menacé par la trajectoire de la tempête, ce qui n’avait pas été le cas, sont passés par là.

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