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TANYA HABJOUQA / NOOR POUR LE MONDE
RécitA l’heure des législatives en Israël, encouragés par le « plan de paix » américain, les colons de Cisjordanie exultent. Le rêve initial d’une poignée de zélotes s’est imposé dans la campagne électorale et pourrait se réaliser.
Ils ont gagné. Ce qui n’était au départ qu’une poignée de zélotes est parvenu à imposer son rêve à Israël : mardi 28 janvier, les colons israéliens triomphaient à l’annonce du « plan de paix » du président américain Donald Trump, dans l’East Room de la Maison Blanche. Cette « vision » américaine offre à Israël d’annexer l’ensemble des colonies construites en Cisjordanie, sur les terres conquises à la suite de la guerre de 1967, et suspend la création d’un Etat palestinien à d’improbables conditions. Elle proclame la victoire des colons par K.-O., sans aucune négociation possible.
Qu’importe si l’administration Trump a temporisé depuis, exigeant du premier ministre Benyamin Nétanyahou qu’il patiente jusqu’au résultat des législatives israéliennes, prévues le 2 mars, pour passer à l’acte. En campagne, M. Nétanyahou parcourt déjà la « Judée-Samarie » des colons (la Cisjordanie sous contrôle israélien), aux côtés de l’ambassadeur américain David Friedman et du comité israélo-américain chargé d’établir le tracé précis des zones annexées. A Ariel, dans le nord, le 24 février, les deux hommes écoutaient les conseils de colons en costume-cravate, administrateurs respectés de villes qui représentent aujourd’hui près de 600 000 habitants, en Cisjordanie occupée et autour de Jérusalem.
Quel chemin parcouru, en un demi-siècle, par un mouvement lancé par une cinquantaine de fanatiques, barbus et chevelus, qui rêvaient de donner corps à un Etat juif aux frontières définies par la Bible, entre le Jourdain et la Méditerranée ! Cette longue marche des colons a débuté le 7 juin 1967. Ce jour-là, les hommes de la 55e brigade de parachutistes prennent d’assaut la porte des Lions, pour s’assurer le contrôle de la Vieille Ville de Jérusalem, soulevant une vague d’émotion messianique qui submerge le pays.
Au mitan de cette guerre éclair, les soldats israéliens s’emparent du mont du Temple (l’esplanade des Mosquées pour les musulmans), alors contrôlé par les troupes jordaniennes. Ils prient devant le mur des Lamentations, là où avait été érigé le premier temple, celui du roi Salomon, jusqu’à sa destruction en 586 avant J.-C.
Le sergent Israël Harel, 28 ans à l’époque, est l’un de ces soldats. Né dans une famille religieuse stricte de Haïfa, il est alors minoritaire parmi ses compagnons d’armes : dans sa brigade, seuls deux officiers portent la kippa tricotée des sionistes religieux. Adolescent, il rêvait de rejoindre l’armée et les pionniers des jeunesses du Parti travailliste, ces laïques forts, bronzés et libres qui bâtissaient le pays, quand lui demeurait occupé d’écritures saintes dans sa yeshiva (école religieuse), soumis à ses professeurs et à ses rabbins.
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