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La phrase revient sans cesse. Dans les librairies américaines, il suffit de lire la quatrième de couverture des récentes parutions pour la remarquer : « Untel vit et enseigne à Iowa City », « Unetelle est diplômée du Iowa Writers’Workshop »… Ainsi de Louisa Hall, dont le roman Trinity vient de paraître en français chez Gallimard. Ou de Garth Greenwell, qui connaît le succès aux Etats-Unis avec son second livre, Cleanness (qui sortira en août chez Grasset).
Iowa City, donc. Là où vient d’avoir lieu le fiasco inaugural des primaires démocrates, là où les champs de maïs s’étendent à perte de vue. Une petite ville de 67 000 habitants, à plus de 1 600 kilomètres de Manhattan et de ses maisons d’édition. Et pourtant, sur Iowa Avenue, la principale artère du centre, s’accumulent les plaques en hommage aux grands auteurs américains passés par là, de Kurt Vonnegut à Flannery O’Connor, de John Irving à Tennessee Williams.
Ici, près d’un habitant sur deux est étudiant : 30 000 inscrits à l’université locale. Mais c’est à une minuscule poignée d’esprits créatifs que la cité du Midwest doit sa renommée, au point d’avoir été baptisée « Ville de littérature » par l’Unesco en 2008. Une activité dont le centre névralgique est une maison vert et blanc de style colonial. « Dey House du Writers’Workshop », indique un panneau à l’entrée.
Ici, vingt-cinq romanciers en herbe, une vingtaine de jeunes poètes et vingt et un professeurs (dont près de la moitié sont de passage pour un semestre, mais qui ont tous publié des ouvrages salués par la critique) se réunissent plusieurs fois par semaine.
Dix-sept prix Pulitzer
Voici l’atelier d’écriture le plus influent et célèbre des Etats-Unis. Depuis quatre-vingt-quatre ans, les talents sont cajolés au Iowa Writers’Workshop comme dans une pouponnière à étoiles. John Irving, T. C. Boyle et Raymond Carver y ont étudié, Marilynne Robinson, Michael Chabon et Philip Roth y ont enseigné.
Depuis sa création, les diplômés du « Programme », comme on l’appelle ici, ont récolté dix-sept prix Pulitzer, et leur illustre coterie est constamment évoquée dans les pages littéraires des plus grands journaux américains. Etre allé à Iowa est un privilège rare qui auréole de promesses un écrivain débutant.
Par une froide journée de janvier, l’écrivain Garth Greenwell, dont le livre Ce qui t’appartient a été traduit en français par Rivages en 2018, nous a donné rendez-vous à dix minutes de la Dey House, dans son café favori. Il est neuf heures du matin et des clients de tous âges lisent de vieux volumes cornés, un crayon à la main, ou tapent d’un air inspiré sur les claviers de leurs ordinateurs portables.
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