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Au lendemain de la démission surprise de Mahathir Mohamad du poste de premier ministre, lundi 24 février, la perplexité est de mise chez les observateurs de l’énigmatique scène politique malaisienne : même sur cette terre prompte à la trahison politique, où se trament parfois en coulisse de mystérieux complots, l’événement reste en partie indéchiffrable.
Qu’est-ce qui a donc bien pu pousser le « Docteur M », 94 ans, grand manipulateur de toujours et doyen des dirigeants de la planète, à soudainement se retirer ? Mahathir vient, malgré tout, de se succéder à lui-même : il a été nommé premier ministre par intérim en attendant qu’un nouveau gouvernement soit formé.
L’âge n’est pas la raison du retrait de cet autocrate qui fut déjà premier ministre entre 1981 et 2003. Avant de remonter sur scène, non sans panache, en mai 2018, après que sa coalition politique d’opposition eut, lors des élections législatives, battu à plates coutures le parti au pouvoir – qu’il avait lui-même dirigé durant des années…
Hypothèse d’un règlement de compte
Différentes théories émergeaient, mardi, pour tenter de décrypter la décision. L’une des explications les plus plausibles était l’hypothèse d’un règlement de compte entre Mahathir et son successeur désigné, Anwar Ibrahim. Celui-ci fut son ancien vice-premier ministre dans les années 1990 avant d’être envoyé en prison pour sodomie, pratique illégale dans la prude Malaisie. Episode dont s’était félicité son ancien patron.
Après leur spectaculaire réconciliation, après le scrutin de 2018, il avait été plus ou moins convenu qu’Anwar, 72 ans, remplacerait dans les deux ans son ancien mentor à la tête du gouvernement. Or, depuis quelque temps, il se murmurait que l’ancêtre renâclait à se retirer et que les relations entre les deux hommes se détérioraient.
S’ajoutait à cela qu’Anwar faisait face à une fronde emmenée par certains membres influents de sa propre formation, le Parti Keadilan Rakyat (Parti de la justice du peuple, PKR), et notamment de la part du ministre de l’économie, Azmin Ali. Qui lorgne, lui aussi, sur le siège suprême.
En fin de semaine dernière, un complot s’était ainsi tramé dans un grand hôtel proche de la capitale, où le « traître » Azmin – selon les mots utilisés lundi par Anwar – s’était réuni avec des responsables du « Bersatu », l’actuel parti de Mahathir : le but de la manœuvre était vraisemblablement de provoquer un remaniement ministériel et la formation d’un nouveau cabinet au sein duquel Anwar serait absent.
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