« Pour l’instant, la France n’a pas d’ambition importante pour l’Antarctique »

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Le directeur de l’Institut polaire français Paul-Emile-Victor, Jérôme Chappellaz, en 2017.
Le directeur de l’Institut polaire français Paul-Emile-Victor, Jérôme Chappellaz, en 2017. JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

Jérôme Chappellaz est directeur de l’Institut polaire français Paul-Emile-Victor (IPEV), qui gère les activités de recherche françaises en Arctique, en Antarctique et dans les îles subantarctiques.

Quelle est la stratégie française en Antarctique ?

Elle est à définir. En 2009, Michel Rocard avait été nommé ambassadeur pour les pôles par Nicolas Sarkozy. Pendant sept ans, il s’est occupé de l’Arctique, produisant une feuille de route interministérielle pour l’ensemble des activités s’y déroulant. Il n’y a pas de document équivalent pour l’Antarctique. Michel Rocard avait prévenu : « L’Antarctique a toujours besoin de nos efforts. » La France est l’une des sept nations ayant revendiqué une partie du « continent  blanc », une revendication gelée par le traité sur l’Antarctique [appliqué en 1961]. A ce titre, nous avons des responsabilités particulières. Or la France se contente de maintenir en état deux stations de recherches vieillissantes : Dumont-d’Urville et Concordia [en partage avec l’Italie]. Voilà. Nous n’avons pas d’ambition plus importante pour l’instant.

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Récemment, vous avez dit que « la France fait beaucoup avec peu » en Antarctique. Faut-il comprendre cette déclaration comme une louange ou comme une revendication ?

Dans le rôle d’opérateur logistique polaire qu’assure l’IPEV, ne serait-ce qu’entretenir l’existant devient problématique car nous ne disposons plus des ressources nécessaires, humaines surtout. A titre d’exemple, l’usure des personnels et l’érosion des postes pérennes fait que le pilotage de nos infrastructures est assuré par un ingénieur du CNRS à la retraite, sous contrat comme micro-entrepreneur. De manière générale, nous manquons de personnels pérennes couvrant les métiers du bâtiment (fluides, électricité, gros œuvre, second œuvre). Aujourd’hui, pour accomplir ces tâches, il manque six postes que nous occupons parfois avec des CDD, avec, à chaque changement, une perte de compétences. Ces six postes représenteraient 350 000 euros par an et le relèvement de notre plafond d’emploi, sachant que l’IPEV dispose d’un budget annuel de 18 millions d’euros. Nous ne parlons donc pas d’enveloppes monstrueuses. Le CNRS comme le ministère en charge de la recherche sont conscients de la situation. J’en ai longuement discuté avec la ministre de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, Frédérique Vidal, lors de son séjour en Antarctique en novembre 2019.

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