Figure du mouvement de Gezi, le mécène turc Osman Kavala a été acquitté

0
145

[ad_1]

Devant le tribunal de Silivri, la porte-parole du mouvement de solidarité de Taksim, Mucella Yapici (au centre), laisse éclater sa joie après l’annonce de la libération de plusieurs figures de la société civile turque, le 18 février.
Devant le tribunal de Silivri, la porte-parole du mouvement de solidarité de Taksim, Mucella Yapici (au centre), laisse éclater sa joie après l’annonce de la libération de plusieurs figures de la société civile turque, le 18 février. OZAN KOSE / AFP

Il s’agit d’une décision inattendue. Un tribunal turc a acquitté, mardi 18 février, plusieurs figures majeures de la société civile, dont le célèbre mécène Osman Kavala, qui étaient jugées lors d’un procès emblématique de l’érosion des libertés en Turquie.

Les accusés étaient poursuivis pour leur implication dans des manifestations antigouvernementales en 2013, connues sous le nom de « mouvement de Gezi », qui critiquait l’actuel président Recep Tayyip Erdogan, alors premier ministre. Le tribunal a aussi dissocié les dossiers de sept autres accusés absents mardi, dont le journaliste Can Dündar, qui s’est exilé en Allemagne.

Accusé de « financer les terroristes »

« En l’absence de preuves suffisantes » pour appuyer les accusations de « tentative de renversement du gouvernement », le tribunal de Silivri, près d’Istanbul, a acquitté Osman Kavala et huit autres accusés qui comparaissaient mardi, selon la correspondante de l’Agence France-Presse (AFP). Le tribunal a par ailleurs ordonné la remise en liberté d’Osman Kavala, incarcéré depuis plus de deux ans dans le cadre de cette affaire. Cet homme d’affaires et philanthrope âgé de 63 ans, connu des cercles intellectuels en Europe, était notamment accusé d’avoir financé le mouvement de Gezi. Il risquait la prison à vie.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi A Istanbul, le philanthrope Osman Kavala devant les juges

En décembre, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) avait réclamé sa libération immédiate, soulignant l’absence de « faits, informations et preuves » dans l’acte d’accusation. Parmi les éléments de l’accusation figurait une carte de la répartition des abeilles sur le territoire turc, trouvée dans le téléphone du mécène. Le document a été présenté comme une preuve que celui-ci entendait redessiner les frontières du pays.

Le président Erdogan avait plusieurs fois attaqué nommément Osman Kavala, l’accusant de « financer les terroristes » et d’être « le représentant en Turquie » du milliardaire américain d’origine hongroise George Soros, bête noire de plusieurs dirigeants autoritaires dans le monde.

Un procès emblématique des pressions contre la société civile

Après l’annonce de cette décision, les dizaines de personnes présentes au tribunal pour soutenir les accusés ont applaudi à tout rompre, selon la journaliste de l’AFP présente. Pour nombre d’organisations non gouvernementales (ONG), ce procès, qui reposait sur peu d’éléments concrets, visait à intimider la société civile pour dissuader toute nouvelle manifestation d’envergure contre Recep Tayyip Erdogan, qui, depuis 2003, dirige la Turquie d’une main de plus en plus ferme. La décision rendue mardi intervient quelques jours après l’acquittement de la célèbre romancière Asli Erdogan dans un autre procès symbolique où elle était accusée d’activités « terroristes ».

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Turquie : un procès d’opposants qui « illustre la dérive liberticide du président Erdogan »

Le « procès de Gezi » était emblématique des pressions croissantes contre la société civile en Turquie, en particulier depuis une tentative de putsch en juillet 2016 contre M. Erdogan suivie de purges massives. Les acquittements de mardi interviennent ainsi à la veille de la reprise d’un autre procès emblématique, celui de plusieurs défenseurs des droits humains, dont le président honoraire d’Amnesty International en Turquie, jugés pour « terrorisme ».

Dans ce contexte, l’acquittement prononcé mardi était « tout à fait inattendu », a déclaré à l’AFP Andrew Gardner, chercheur d’Amnesty International en Turquie. « Dommage qu’Osman Kavala ait été injustement emprisonné pendant tout ce temps », a-t-il ajouté.

« S’en prendre à des défenseurs des droits humains »

« Toute cette affaire a causé d’immenses souffrances à ceux qui ont été visés à tort, à commencer par Osman Kavala. C’est un procès dont le seul but était de s’en prendre à des défenseurs des droits humains », a abondé la représentante en Turquie de l’ONG Human Rights Watch, Emma Sinclair-Webb. Le maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, l’un des principaux opposants de M. Erdogan, a pour sa part salué une décision qui « renouvelle notre confiance dans la justice ».

Article réservé à nos abonnés Lire aussi La justice turque fait du mouvement de Gezi une « manipulation de l’étranger »

Le mouvement de Gezi a commencé avec un sit-in pour défendre le parc de Gezi, l’un des rares espaces verts au cœur d’Istanbul. A la suite d’une répression brutale, il s’est transformé en mouvement plus global contre M. Erdogan. Hétéroclite, le mouvement rassemblait pêle-mêle des militants écologistes, des étudiants manifestant pour la première fois, des associations défendant les droits des femmes ou encore des musulmans anticapitalistes. Le président Erdogan décrit régulièrement le mouvement de Gezi comme une « tentative de coup d’Etat » préfigurant une tentative de renversement, bien réelle celle-là, en juillet 2016.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Mort de la démocratie en Turquie, à qui la faute ?

[ad_2]

Source link

Have something to say? Leave a comment: